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Comment défendre le Traité d'interdiction des mines ?

Mines et autres armes Prévention
International

Handicap International et ICBL* ont rencontré le 19 juin Izumi Nakamitsu, Secrétaire générale adjointe et Haute représentante pour les affaires de désarmement à l'ONU, pour réfléchir à la meilleure façon de défendre le Traité d'Ottawa fortement fragilisé depuis plusieurs mois. Cette entrevue était inscrite dans le cadre de la campagne internationale d'interpellation « The 1997 Nobel Piece. Réparer la paix, ensemble. » lancée par l'association.

Un jeune Syrien de 8 ans, amputé de la jambe droite, pose debout avec ses béquilles et regarde le photographe avec un air triste.

Basil Hamad Al Hamoud, 8 ans, victime d'une mine en Syrie. | © T. Nicholson / HI

Handicap International et la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (* ICBL, dont HI fut cofondatrice en 1992) ont rencontré le 19 juin 2026 Izumi Nakamitsu, Secrétaire générale adjointe et Haute représentante pour les affaires de désarmement aux Nations Unies, afin de discuter des moyens de défendre le Traité d’Ottawa qui interdit les mines antipersonnel depuis près de 30 ans. De nombreuses menaces pèsent sur ce texte : cinq États s’en sont retirés récemment et l'utilisation des mines est en augmentation dans le monde... Cette rencontre s'est déroulée juste après les réunions intersessionelles (entre deux grandes réunions annuelles) qui ont rassemblé les États parties au Traité d'Ottawa, du 15 au 18 juin au Centre international de conférences de Genève (CICG).

Au centre de la photo, Izumi Nakamitsu entourée des représentants de HI et ICBL, le 19 juin 2026 à Genève. © HICette entrevue avec Madame Nakamitsu était inscrite dans la continuité de la campagne internationale d'interpellation « The 1997 Nobel Piece. Réparer la paix, ensemble. » lancée par Handicap International et ICBL le 4 avril dernier, Journée internationale de lutte contre les mines. L'opération a consisté à fracturer une réplique de la médaille du prix Nobel de la paix 1997 et à en retirer cinq fragments – un par État ayant quitté le Traité d'Ottawa, fragments adressés à des chefs d'État, ministres et parlementaires pour les remettre face à leurs responsabilités. En portant cette interpellation jusqu'aux Nations Unies, Handicap International et ICBL ont élevé la mobilisation au plus haut niveau diplomatique pour exhorter la communauté internationale à réagir avant que le Traité d'Ottawa ne soit davantage fragilisé : il est impératif de maintenir la pression sur les États signataires et de rappeler l'urgence d'agir collectivement pour réparer ce qui a été brisé. En savoir plus sur cette campagne

Défendre le désarmement

Cette rencontre avec Madame Nakamitsu avait pour objectif de discuter des moyens de défendre le Traité d'Ottawa et de renforcer les efforts mondiaux en matière de désarmement, à un moment où le Droit international humanitaire (DIH) est de plus en plus fragilisé.

Handicap International, ICBL et Madame Nakamitsu ont également échangé sur la manière d'encourager les États parties au Traité d'Ottawa à prendre des mesures immédiates et décisives pour faire face aux attaques qu'il subit.

À noter que c'est le Secrétaire général des Nations Unies António Guterres lui-même qui a proposé ce rendez-vous entre HI, ICBL et sa Haute représentante pour les affaires de désarmement, après avoir reçu un fragment de la médaille du prix Nobel de la paix, puis avoir répondu favorablement par courrier à l'interpellation des deux organisations.

Menaces sur le Traité d’Ottawa

La Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l’Estonie et la Finlande se sont officiellement retirées du Traité d’Ottawa début 2026. L’Ukraine a annoncé le 21 juillet dernier suspendre ses obligations au titre du Traité jusqu’à la fin du conflit avec la Russie : une telle mesure n’est pas autorisée par le Traité d'Ottawa, qui ne prévoit pas de dérogation en cas de conflit armé impliquant l'un de ses membres.

Le Traité d'Ottawa est également mis à mal par des États non signataires comme la Russie, qui a largement utilisé des mines antipersonnel en Ukraine et ailleurs, ou les États-Unis, qui ont récemment transféré de telles armes à l’Ukraine.

Un Traité efficace pour protéger les civils

Le Traité d’Ottawa est l’un des accords de désarmement les plus efficaces de ces 30 dernières années. Adopté fin 1997 et entré en vigueur en mars 1999, il a permis de faire passer le nombre annuel de victimes d’environ 25 000 à la fin des années 1990 à environ 5 000 aujourd’hui, et a donc permis de sauver un nombre incommensurable de vies.

La plupart des pays reconnaissent la vertu et la valeur du Traité d’Ottawa et continuent de le soutenir. Alors que cinq pays européens s’en sont retirés, le Liban y a adhéré le 1er mai 2026, ce qui représente une avancée significative pour un pays en proie à un conflit armé. Il est ainsi devenu le 162e État qui a rejoint ce Traité historique.

Les trois quarts des États de la planète sont membres du Traité d’Ottawa (on dit officiellement qu'ils sont “États parties” au Traité), ce qui en fait une norme universelle puissante.

Un danger réel pour les civils

Les mines antipersonnel constituent toujours une menace pour les civils à l'échelle mondiale. Selon le dernier rapport de l'Observatoire des mines (Landmine Monitor) publié fin 2025, plus de 90 % des victimes de mines sont des civils. Le rapport a recensé au moins 6 279 nouvelles victimes causées par des mines et des restes explosifs de guerre dans 52 pays et territoires en 2024, dont 1 945 décès. Les enfants représentaient 46 % des victimes.

L'Observatoire des mines a publié le 11 juin 2026 un aperçu préliminaire des victimes recencées sur l'année 2025. Voici les six principaux chiffres et faits de ce rapport :

  • 40 pays ont enregistré des victimes de mines ou autre restes explosifs de guerre (REG), dont 9 pays faisant état de plus de 100 victimes en 2025.
  • La Syrie a enregistré le plus grand nombre de victimes avec 1 602 victimes de mines/REG, suivie du Myanmar (Birmanie) avec 745 victimes.
  • 95 % des victimes de mines/REG étaient des civils dans les pays où le statut civil a été documenté. Un pourcentage qui reste constant d’année en année.
  • Les enfants représentent une part substantielle – souvent majoritaire – des victimes dans plusieurs pays, notamment en Afghanistan (où ils constituent la majorité d'entre elles) et au Soudan du Sud.
  • Les hommes constituent la grande majorité des victimes adultes (environ 84 % des cas recensés par sexe), ce qui reflète les risques d'exposition liés à l'agriculture, à l'élevage et aux déplacements dans les zones contaminées par les mines et autres engins explosifs.
  • Les blessés (deux tiers des victimes recensées) sont plus nombreux que les morts dans presque tous les pays touchés, ce qui crée une population large et croissante de survivants ayant des besoins à long terme en matière de rééducation, d'appareillage et de soutien psychosocial.
Publié le : 20 juin 2026
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