Mines : les Syriens prennent d'énormes risques pour survivre
Abdallah a été blessé par une mine alors qu’il ramassait des truffes dans un champ. Il savait que c’était dangereux, mais il avait besoin d’argent pour acheter de la nourriture.
Abdallah au centre de réadaptation de HI | © N. Bimbashi / HI
Abdallah, âgé de 35 ans, originaire de Sabkha près de la ville de Raqqa, raconte l’histoire de son accident par mine en janvier 2025.
Les agriculteurs sont les plus exposés aux engins explosifs
Je suis agriculteur et berger. En janvier 2025, pendant la saison des truffes, nous sommes sortis en ramasser. En marchant, je me suis soudainement retrouvé projeté en l’air. J’avais marché sur une mine.
J’ai été blessé aux yeux. J’ai eu des brûlures au visage et des plaies causées par les éclats. Et j’ai perdu ma jambe. Je suis resté conscient tout le temps, je me souviens d’avoir regardé vers le bas de mon corps et réalisé que ma jambe n’était plus là.
Ce que la pauvreté fait aux gens
Le jour où j’ai été blessé, je savais que la récolte ne me rapporterait pas grand-chose, peut-être juste assez pour acheter du pain. Voilà ce que la pauvreté nous fait faire, la plupart des gens qui sont victimes d’engins explosifs essaient simplement de gagner leur vie et de subvenir aux besoins de leur famille. Même lorsqu’ils sont conscients du danger, ils sortent malgré tout parce qu’ils ont besoin de survivre.
J'ai été amputé d'une jambe, ce qu'il m’est arrivé ne peut être défait. Mais qu’en est-il de tous les autres ? Et mes enfants, mes voisins ?
La contamination est partout
Un mois après mon accident, mon cousin a également été blessé par une mine. Lui n’a pas survécu. Des accidents comme celui-là n’arrêtent jamais... Un jour, seize personnes voyageaient ensemble pour récolter des truffes quand leur véhicule a roulé sur une mine. Ils ont été tués ou grièvement blessés.
Notre région est couverte de sable. Les mines sont invisibles, il n’y a souvent aucun signe que le danger se trouve sous vos pieds jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Nous ne cessons de demander aux organisations et aux autorités de les déminer, mais le danger demeure partout. Certaines familles ont même essayé de retirer elles-mêmes les mines en prenant un risque énorme, craignant que leurs enfants ne soient blessés ou tués.
Je n’arrive pas à croire que je peux marcher à nouveau
Après l’accident, j’ai passé quatre mois sous de lourds traitements médicamenteux. Ma première opération a échoué et j’ai souffert de douleurs intenses. Tous les cinq jours, je devais acheter de nouveaux médicaments, qui étaient très coûteux. À un moment, je dépensais plus de 10 dollars par jour uniquement en médicaments, une fortune pour moi.
J’ai été orienté vers l’hôpital national de Raqqa avec le soutien de Handicap International. On m’a proposé des services de rééducation physique. Au début, je ne pensais pas en avoir besoin, mais les médecins ont insisté. J’ai participé à de nombreuses séances jusqu’à ce qu’on me dise que j’étais prêt à être appareillé. J’ai reçu ma prothèse le 19 mai 2026, un an et demi après mon accident.
L’équipe a pris mes mesures, et seulement deux jours plus tard, ma prothèse était prête. Même maintenant, je n’arrive pas à y croire. Après tout ce que j’ai traversé, pouvoir me tenir debout à nouveau me semblait impossible. Je suis encore stupéfait par la rapidité et l’efficacité avec lesquelles l’équipe de HI m’a soutenu et m’a aidé à franchir cette étape de la reconstruction de ma vie.
Aujourd’hui, je ne travaille pas. Mon espoir est simple : trouver un emploi stable et sûr pour ne plus avoir à dépendre de travaux dangereux comme la récolte de truffes.
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