Traité d'Ottawa : près de 30 années de combat pour un monde sans mines, et ça continue...
Adopté le 18 septembre 1997 sous la pression de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL), dont Handicap International est l'un des six membres fondateurs, le Traité d'Ottawa a été la première victoire mondiale contre une arme conventionnelle. Près de 30 ans après, ce combat que nous portons depuis les origines est aujourd'hui plus que jamais menacé.
Remise du prix Nobel de la paix aux représentants de la Campagne internationale pour interdire les mines, le 10 décembre 1997 à Oslo. | © ICBL
Les origines : l'indignation comme moteur
Dans les années 80 et 90, les mines antipersonnel faisaient en moyenne 26 000 victimes civiles dans le monde chaque année, en grande majorité des femmes et des enfants. Indignée par cette injustice, Handicap International fut co-fondatrice en 1992 de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL). Pendant cinq années, cette coalition d'ONG milita ardemment pour faire interdire celle qu'on appelait « l'arme des lâches ».
Ce combat est né sur le terrain. Tout jeune médecin engagé dans les camps de réfugiés cambodgiens en Thaïlande, Jean-Baptiste Richardier, cofondateur de Handicap International, ne pouvait se résigner à accepter que l'armada humanitaire alors déployée n'ait aucune solution à offrir aux quelque 6 000 victimes recensées d'accidents par mines, pour la plupart des Cambodgiens ayant fui le régime des Khmers rouges. De cette indignation sur le terrain naîtra une association, puis une coalition mondiale.
Avec le succès grandissant de Handicap International, nous avons pris conscience que réparer et déminer ne suffisait pas, car nos actions servaient d'alibi à l'inaction des gouvernements. Il nous fallait remonter à la cause des accidents par mines et chercher à obtenir leur interdiction pure et simple. Une utopie, une chimère, dirent certains à l’époque. En novembre 1992, avec cinq autres ONG, nous avons créé la Campagne internationale pour interdire les mines (ICBL).
1997 : une victoire citoyenne et diplomatique sans précédent
La campagne lança un mouvement international de protestation citoyenne en demandant le soutien du public, notamment à l'aide d'une pétition et, en France, des premières Pyramides de chaussures. Après cinq années d'efforts intenses et de plaidoyer, ICBL remporta en 1997 une victoire historique : la signature de la Convention sur l'interdiction des mines antipersonnel, plus communément appelée “le Traité d'Ottawa”. Il s'agissait alors du tout premier traité d'interdiction d'une arme conventionnelle.
Avec une poignée de pays déterminés, emmenés par le Canada, et la pression exercée par la coalition des ONG, les agendas politiques des pays opposés au projet de Traité d'interdiction des mines furent déjoués. Et cinq ans à peine après le lancement du processus, le Traité d'Ottawa réunit les signatures de 121 pays, bannissant les mines des arsenaux d'armes conventionnelles.
Le 10 décembre 1997, le prix Nobel de la paix fut attribué collectivement à Jody Williams et à ICBL pour avoir « initié les efforts internationaux visant à obtenir l'interdiction des mines antipersonnel ». Ce prix vint souligner la ténacité des organisations de la société civile, qui étaient parvenues à faire pression sur les États pour faire interdire cette arme, par nature indiscriminée, qui ne fait pas de différence entre les civils et les militaires.
« Le processus d'Ottawa entre 1992 et 1997 a cassé le jeu des règles diplomatiques classiques qui prévalaient à l'élaboration des traités internationaux. La pression des ONG, des médias et des opinions a ouvert la porte à une diplomatie publique suffisamment puissante pour enrayer le système diplomatique traditionnel. »
Philippe Chabasse, ancien co-directeur de Handicap International en charge de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel
25 ans de résultats concrets
Depuis son entrée en vigueur le 1er mars 1999, le nombre annuel de nouvelles victimes de mines est passé de 26 000 à la fin des années 1990 à environ 5 000 aujourd’hui. En 2022, plus de 3 300 km² de terrains contaminés avaient été déminés, plus de 5 millions de mines antipersonnel détruites, 55 millions de mines stockées éliminées par les États, et 31 pays ont achevé leurs opérations de déminage.
Le Traité d'Ottawa compte aujourd’hui 161 États parties, représentant plus de 80 % des pays de la planète. Une réussite humanitaire et diplomatique rare, fruit de décennies d'efforts collectifs.
Depuis 2014 : le retour des mines dans les conflits
Après 15 ans de baisse régulière, le nombre de victimes des mines a recommencé à augmenter à partir de 2014. Le rapport 2022 de l'Observatoire des mines comptabilise 5 544 nouvelles victimes de mines antipersonnel et de restes explosifs de guerre en 2021. Le rapport 2025 de l'Observatoire des mines a fait état d'une forte augmentation du nombre de victimes, avec 6 279 personnes tuées ou blessées par des mines et des restes explosifs de guerre en 2024, soit le total annuel le plus élevé depuis 2020.
On a récemment constaté une utilisation importante de mines antipersonnel, principalement par la Russie en Ukraine. Des mines antipersonnel ont également été utilisées au Myanmar (Birmanie), en Colombie, en Inde, en Thaïlande et en Tunisie, ainsi que par divers groupes armés non étatiques.
2025-2026 : une menace sans précédent sur le Traité d'Ottawa
À cette résurgence de l'usage des mines s'ajoute désormais une attaque frontale contre le Traité d’Ottawa lui-même. Les retraits de l'Estonie, de la Lettonie et de la Lituanie ont pris effet le 27 décembre 2025. Celui de la Finlande le 10 janvier 2026 et celui de la Pologne le 20 février 2026. L'Ukraine a pour sa part annoncé en juin 2025 son retrait du Traité d’Ottawa. La Pologne a également annoncé relancer la production d'un million de mines terrestres, ce qui n'avait pas été vu en Europe depuis les années 80.
En prenant cette grave décision, ces pays envoient un message clair : les civils sont sacrifiables. C'est le signe que des pertes civiles considérables peuvent être justifiées et que d'autres pays peuvent suivre cet exemple. Un pays qui rompt avec une norme internationale telle que le Traité d’interdiction des mines crée un dangereux précédent. Ce qui commence comme une simple exception peut rapidement affaiblir l'intégrité de l'ensemble du Traité d'Ottawa, affaiblissant considérablement des décennies de progrès humanitaire.
Handicap International et la société civile, derniers remparts
Face à cette situation inédite, la mobilisation est à la hauteur de l'enjeu. Dans un geste fort et inédit, 100 lauréats du prix Nobel de la paix ont publié une lettre ouverte exhortant la Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne à reconsidérer leur décision. Dans une déclaration publiée le 16 juin 2025, le Secrétaire général des Nations Unies a souligné que l'adhésion au Traité d'Ottawa est vitale non seulement pour la protection des civils, mais aussi pour la crédibilité du Droit international humanitaire.
Handicap International renoue aujourd'hui avec son histoire et se mobilise à nouveau contre les mines antipersonnel, dont le retour dans les conflits contemporains menace le Traité d'Ottawa.
Comme le rappelle madame Alma Taslidžan, responsable Désarmement et protection des civils chez HI :
« Handicap International et la Campagne internationale pour interdire les mines se sont battues depuis 1992 pour éliminer ces armes aveugles, soutenir les victimes et faire respecter la norme mondiale contre leur utilisation. Nous continuerons à nous opposer à toutes les actions qui menacent le traité ou la sécurité des civils. »
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