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Les armes explosives ont tué 22 600 civils dans le monde en 2025

Mines et autres armes
International

22 600 civils ont été tués par des armes explosives en 2025, selon le rapport annuel de l'Observatoire des armes explosives, soit une baisse de 21 % par rapport au record de 28 600 en 2024. Une amélioration toutefois en trompe-l’œil.

Immeubles détruits par des armes explosives dans la région de Kharkiv en Ukraine. Au premier plan, ce qu'il reste de jeux pour enfants.

Immeubles détruits par des armes explosives dans la région de Kharkiv en Ukraine. | © L. Hutsul / HI

22 600 civils ont été tués par des armes explosives en 2025, selon le rapport annuel de l'Observatoire des armes explosives (Explosive Weapons Monitor) publié le 10 juin 2026, soit une baisse de 21 % par rapport au record de 28 600 victimes civiles en 2024. Mais cette amélioration en trompe-l’œil s'explique par les cessez-le-feu à Gaza et au Liban, où les civils restent néanmoins victimes des bombardements. Partout ailleurs, le bilan s'alourdit : davantage de pays, davantage de types d'armes, davantage de services civils détruits. Les armes explosives ont causé des souffrances chez les civils dans au moins 65 pays et territoires en 2025.

Un rapport qui donne des chiffres alarmants

  • 22 600 morts civiles dues aux armes explosives en 2025.
  • 65 pays et territoires touchés au minimum.
  • 56 % du total des décès recensés dans le monde attribués aux forces armées israéliennes.
  • 85 % de tous les incidents causant des dommages civils imputables à 29 forces armées étatiques.
  • 2 541 attaques contre l'aide humanitaire, en hausse de 52 % par rapport à 2024.
  • 1 416 attaques contre des écoles en 2025, soit une augmentation de 64 % en un an.

Portrait d'Anne Héry« Des services vitaux sont anéantis par les bombardements et les pilonnages systématiques. L'utilisation des armes explosives en zones peuplées démantèle méthodiquement l'accès des civils aux services de base indispensables à leur survie : écoles, hôpitaux, convois d'aide, canalisations d'eau et marchés alimentaires sont détruits à des rythmes croissants, dans davantage d'endroits, par davantage d'acteurs en 2025. Nous sommes particulièrement choqués de constater que de plus en plus de pays et territoires (65) sont concernés par cette pratique. »

Anne Héry, Directrice du Plaidoyer à Handicap International

L’essor des drones

Les armes aériennes – de plus en plus des drones – ont représenté 67 % de tous les incidents causant des dommages civils. Cette tendance s'accentue : le recours aux drones dans les attaques contre les écoles a augmenté de 358 % uniquement en Ukraine, et les frappes de drones sur les camps de déplacés dans le Territoire palestinien ont été multipliées par 5 (passant de 64 incidents en 2024 à 303 en 2025).

Attaques sur des services essentiels

Tous les types de services essentiels ont subi des attaques d’armes explosives et les bilans se sont aggravés :

  • Aide humanitaire : 2 541 attaques à l’aide d’armes explosives contre des opérations d'aide humanitaire en 2025, soit une hausse de 52 % par rapport à 2024. Environ 90 % ont eu lieu dans le Territoire palestinien. Au moins 108 travailleurs humanitaires ont été tués.
  • Éducation : les attaques contre les écoles et universités ont augmenté de 64 %, passant de 865 incidents en 2024 à 1 416 en 2025, dans 27 pays. En Ukraine, les attaques de drones russes contre les écoles ont progressé de 358 %. En Colombie, un drone a frappé un hôpital sous tente servant de structure scolaire d'urgence.
  • Santé : 1 272 incidents ont touché des hôpitaux, cliniques et ambulances dans 22 pays. L'Ukraine a enregistré une hausse de 20 %, due aux frappes de drones russes. 267 professionnels de santé ont été tués. 806 établissements de santé ont été endommagés ou détruits.
  • Alimentation et eau : 1 082 attaques contre l’approvisionnement alimentaire dans 15 pays, dont 190 frappes sur des marchés et 154 incidents sur des terres agricoles. 87 attaques contre des infrastructures d’alimentation en eau dans 15 pays ont contraint des communautés à recourir à des alternatives coûteuses ou non potables.

Portrait d'Alma Taslidžan« Chaque école, hôpital, marché, réseau d'eau ou convoi humanitaire détruit représente bien plus qu'une infrastructure endommagée. Ce sont des opportunités perdues, des avenirs brisés, des communautés repoussées encore plus loin de la reconstruction. Longtemps après la fin des bombardements, les civils continuent de vivre avec leurs conséquences : soins de santé perturbés, éducation interrompue, moyens de subsistance détruits, et le défi quotidien de reconstruire leur vie. Pour beaucoup, les conséquences des bombardements et des pilonnages font partie du quotidien et de la souffrance pour de longues années. »

Alma Taslidžan, responsable à HI du Plaidoyer sur le désarmement

Un contexte de plus en plus meurtrier : 2025 versus 2024

Voici la liste des pays les plus touchés par les armes explosives :

Pays

Nombre de morts
en 2024

Nombre de morts
en 2025

Évolution

Territoire palestinien

19 561

12 136

-37 %

Ukraine

1 742

2 519

+45 %

Myanmar (Birmanie)

2 372

2 450

+3 %

Syrie

727

1 015

+40 %

Soudan

2 160

956

-56 %

Yémen

158

360

+128 %

Russie

325

334

+2,7 %

Iran

124

223

+80 %

 

Les États – dont des États signataires – sont les principaux responsables

Les forces armées étatiques sont responsables de 85 % de tous les incidents causant des dommages civils – plus de 17 300 incidents (contre 3 090 attribués à des acteurs non étatiques). Dans cinq contextes distincts, les forces armées étatiques ont été responsables de plus de 1 000 incidents : le Territoire palestinien, le Myanmar (Birmanie), l'Ukraine et la Russie.

Le nombre d'États signataires de la Déclaration politique de 2022 sur les armes explosives impliqués dans des dommages civils est passé de cinq à huit en 2025 : Cambodge, Kenya, Maroc, Nigéria, République de Corée, Somalie, Turquie et États-Unis.

Le nombre de pays victimes de l'utilisation d'armes explosives par des États signataires a bondi de 5 en 2024 à 13 en 2025, signe que les engagements politiques ne se traduisent pas, dans ces cas, par une évolution des pratiques militaires.

Les réseaux sociaux contre la protection des hôpitaux

Le rapport documente comment les récits en ligne à la suite d'attaques contre des hôpitaux – à Gaza, au Soudan, au Myanmar et en Ukraine – ont activement érodé les protections du Droit international humanitaire (DIH).

Trois schémas récurrents ont été identifiés :

  • Des allégations selon lesquelles les hôpitaux étaient utilisés par des acteurs armés (servant à normaliser les attaques).
  • Une hostilité envers les institutions humanitaires telles que l'Organisation des Nations Unies (ONU) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
  • Des discours déshumanisants à l'encontre de groupes ethniques ou nationaux.

Les chercheurs du rapport de l'Observatoire des armes explosives avertissent que ces narratifs néfastes émergent le plus souvent par une interprétation sélective et une politisation d'attaques réelles – et non par fabrication – ce qui les rend d'autant plus difficiles à contrer.

Publié le : 10 juin 2026
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