Stanley, kiné : « Je veux devenir l’un des pionniers de la réadaptation en Haïti »
Stanley Paulin est kinésithérapeute à Port-au-Prince, en Haïti, où il travaille auprès de personnes déplacées. Porté par son engagement et sa détermination, il revient sur son parcours et ses espoirs.
Stanley travaille à Port-au-Prince auprès de personnes déplacées par la violence des gangs. | © T. Noreille / HI
Je suis animé par le désir d’aider
Ma vocation prend racine dans la catastrophe qui a frappé Haïti en 2010. J’ai été très marqué par ce séisme qui a fait entre 220 000 et 300 000 morts et de très nombreux blessés, dont certains vivent aujourd’hui encore avec de lourdes séquelles. À l’époque, il y avait tellement peu de professionnels de la réadaptation dans le pays que nous avions dû faire venir des kinésithérapeutes en renfort depuis l’étranger. C’est pour cela que j’ai choisi de devenir kiné : je voulais aider, apporter mon soutien et contribuer à construire notre société. Je me suis formé au Bénin et j’exerce ce métier depuis plus de dix ans.
Le plus beau dans mon travail c’est de pouvoir contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des patientes et des patients grâce à des gestes et à des techniques simples. Je contribue à favoriser leur mobilité et leur autonomie, mais aussi leur intégration dans la vie sociale et professionnelle. Les voir retrouver le sourire me procure satisfaction et fierté.
Le bien-être des patients est au cœur de notre intervention. Aussi, même si la rigueur et la discipline sont essentielles pour être kiné, le plus important c’est d’avoir “the healing hands”, des mains qui guérissent.
Les conditions de vie précaires à Port-au-Prince accentuent les besoins en réadaptation
Depuis trois ans, nous constatons chez nos patientes et nos patients une augmentation des cas d’accidents vasculaires cérébraux ainsi que des séquelles de fractures et de blessures causées par des accidents ou par des balles. La montée fulgurante du climat d’insécurité à travers le pays n’y est probablement pas étrangère.
Aujourd’hui, nous travaillons avec des personnes qui ont fui la violence et qui ont souvent tout perdu, et c’est éprouvant de constater l’étendue de leurs besoins et leur niveau de précarité.
Nos patients vivent dans des sites d’accueil temporaires où ils sont mal logés et endurent des conditions de vie extrêmement précaires. Cela a des conséquences sur leur santé à court et moyen termes. Ils sont par exemple davantage susceptibles de développer des douleurs articulaires.
Nous nous sommes forgés sur notre capacité de résilience
Certes, Haïti traverse une crise, mais pour être franc la situation n’a jamais été très différente de ce qu’elle est aujourd’hui, et ce depuis des décennies. Pour les personnes de ma génération, nous nous sommes forgés sur notre capacité de résilience.
Du reste, je suis motivé par l’espoir d’un avenir meilleur. Le simple fait de pouvoir apporter ma contribution dans cette société déchirée par des troubles socio-politiques et d’améliorer la qualité de vie de personnes qui vivent une urgence humanitaire me pousse à aller de l’avant et je me dis que cela vaut la peine de continuer.
J’ai toujours rêvé de pouvoir apporter ma pierre à la construction de notre société, en particulier de participer à la promotion de la réadaptation qui reste assez méconnue dans le pays. Je suis porté par le désir d’améliorer la qualité de vie des personnes ayant des handicaps physiques, tout en favorisant l’insertion socio-professionnelle de toutes les personnes handicapées.
Je souhaite devenir l’un des pionniers de la réadaptation à travers le pays, tout comme l’ont été Jean-Baptiste Richardier et Claude Simonnot en créant cette belle organisation qu’est Handicap International.
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