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Les réfugiés ukrainiens sont en état de choc, certains ne parlent pas pendant des jours

Santé Urgence
Ukraine

Caglar Tahiroglu, responsable Soutien psychosocial et Santé mentale d’urgence pour Handicap International en Ukraine, explique les besoins des personnes déplacées.

Des refugiés traversent la frontière de l'Ukraine pour fuir la guerre.

Des refugiés traversent la frontière de l'Ukraine pour fuir la guerre. | © T. Nicholson / HI

Caglar Tahiroglu, responsable Soutien psychosocial et Santé mentale d’urgence pour Handicap International en UkraineCaglar Tahiroglu : « Les directeurs des centres collectifs me disent que les gens qui arrivent des zones de conflit sont en état de choc. Pendant deux ou trois jours, ils ne parlent pas. Ils dorment et ils ne veulent même pas découvrir leur environnement. Puis, le troisième ou le quatrième jour, ils sont subitement prêts à parler de ce qui s'est passé et commencent à nouer des liens.

Les réactions varient. L'une d’entre elles est l’incrédulité, ou dissociation : on ne parvient pas à croire ce qui se passe. Un homme m’a dit que c’était comme un rêve : il a l’impression d’être dans un film, et il ne le croira pas tant qu’il ne verra pas sa maison à Kiev pour confirmer si elle est intacte ou non. Il s'agit d'une réponse courante au stress post-traumatique, la dissociation qui fait croire que la situation ne peut pas être réelle, ou qu'elle va disparaître. Nous voyons également des réponses constructives, avec beaucoup de mobilisation communautaire, de bénévolat et d'organisation. C'est en fait l'un des plus grands réconforts que nous puissions apporter dans une phase de stress. Ils s'entraident et ils le font spontanément. »

Il y a tellement de solidarité

Caglar Tahiroglu : « Une femme de 70 ans a vu l'attaque arriver et elle a immédiatement commencé à organiser la réaction. Elle a dit aux gens de s’écarter des fenêtres, de se mettre à l’abri. Des groupes d'aide spontanés se sont créés pour orienter les gens. Ils me disent que c'est difficile, mais que rester ensemble facilite un peu les choses. Tous les jours, des gens apportent nourriture et soutien dans les centres, ainsi qu’une oreille attentive. Il y a tant de solidarité. Ce mécanisme de résilience leur permet de prendre la distance par rapport aux situations stressantes et potentiellement traumatiques. C’est vraiment bon à voir.

Mais nous n’en sommes qu’au premier mois du conflit. Cela ne veut pas dire qu’un soutien supplémentaire n’est pas nécessaire. À un moment donné, cette résilience commencera à s’user. Notre réponse vise à soutenir ces efforts communautaires. Les gens sont toujours en mode survie et c’est l'adrénaline qui les fait tenir. C’est dans plusieurs mois que nous verrons l'impact psychologique réel du déplacement, du conflit et de toutes les violences qu'ils ont subies. Il y a la réponse immédiate, mais il y aura aussi des répercussions psychologiques et sociales à long terme. D’après l'Organisation Mondiale de la Santé, tous les types de troubles mentaux légers, modérés et graves doublent approximativement dans une zone de conflit. 20 % des personnes touchées par les catastrophes et les conflits ont besoin d'un soutien psychosocial. »

Comment Handicap International répond-elle à ces besoins ?

Caglar Tahiroglu : « Handicap International travaille avec des centres collectifs, des centres d'accueil, des structures de santé et des ressources communautaires. Rien qu’à Tchernivtsi, nous avons identifié au moins 10 structures qui ont besoin d’aide, et nous interviendrons également dans d'autres régions.  Nous concevons notre réponse aux côtés des organisations locales. Nous fournissons des produits de base, un accès à l'eau et aux sanitaires, ainsi que des services de réadaptation physique, qui auront tous un effet direct sur la santé mentale et les pratiques de soins.

D’abord, nous renforçons les ressources humaines en embauchant du personnel supplémentaire et en trouvant des possibilités de financement. Ensuite, nous mettons en place des formations en santé mentale et en soutien psychosocial pour soutenir les organisations locales. Au vu des importants besoins psychosociaux des personnes déplacées et du personnel, des formations à la gestion du stress s’avèrent absolument nécessaires. Nous formons le personnel général des centres collectifs parce qu'ils sont en première ligne. La période d'accueil (en ce moment) est particulièrement importante parce que nous pouvons commencer à déterminer si les gens présentent des signes précoces de détresse psychologique. Il est crucial que toutes les personnes qui travaillent dans les centres soient formées au minimum aux premiers soins psychologiques pour l’accueil. Ensuite, nous pouvons envisager d'autres formations et groupes de supervision.

Nous aurons une équipe mobile de soutien en santé mentale et psychosocial qui interviendra dans les structures un ou deux jours par semaine pour épauler le personnel, les bénévoles et les bénéficiaires. Il s’agira d’informer les gens des effets du stress et des événements potentiellement traumatiques, et de leur expliquer comment y faire face. Dans certains cas, nous assurerons également le suivi du soutien psychologique individuel et procéderons aux recommandations éventuelles si quelqu'un a besoin de plus d'attention. Nous allons mettre en place des activités psychosociales pour les adultes, les personnes âgées et les enfants afin d'améliorer leur bien-être et leur inclusion sociale. Nous distribuerons également des kits psychosociales pour adultes et enfants contenant des jouets, des fournitures d'art, des jeux et des livres.

Il y a beaucoup de gens qui se rétablissent de blessures graves, de traumatismes liés à la guerre, des victimes de brûlures, etc. Ces patients auront donc besoin d’un soutien psychosocial et de santé mentale dans l'immédiat et à long terme. Nous cherchons des moyens de venir en aide aux patients et au personnel.

Tous les bénévoles et les structures font un excellent travail, mais ils sont vraiment dépassés et nous commençons à voir des signes d'épuisement. L'intervention de HI consiste vraiment à soutenir les réseaux déjà en place. Favoriser la réaction de la communauté, soutenir les réseaux de bénévoles et les organisations de base sont autant d’actions très importantes. L'université a mis en place une ligne d'assistance téléphonique en santé mentale gérée entièrement par des bénévoles. Ils font un travail incroyable, mais ils nous ont demandé de l'aide et nous sommes en train d’étudier comment nous y prendre au mieux.

Je suis profondément impressionnée par la résilience et la réponse communautaire que j’observe ici. Cela donne vraiment de l’espoir de voir les gens s’organiser comme ça au milieu de tout, et à Handicap International , nous voulons venir en aide à cette communauté en nous joignant à leurs efforts de résilience. »

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Publié le : 15 avril 2022
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