Les bergers, premières victimes des mines en Syrie
Dans la campagne de Deir Ez-Zor, faire paître ses moutons peut être mortel : les mines sont partout et n'épargnent personne. Mohammad, 20 ans, raconte son histoire.
Mohammad Talij chez lui | © N. Bimbashi / HI
« En janvier 2024, vers 10 heures du matin, j'étais dehors avec les moutons quand j'ai marché sur une mine. Je me trouvais dans une zone très proche d'une ancienne ligne de front. Mon cousin était avec moi, à une courte distance. Il a entendu l'explosion et est venu me secourir. »
Noor Bimbashi, responsable du plaidoyer pour Handicap International en Syrie, précise : 7 des 11 incidents liés à des restes explosifs de guerre recensés en Syrie entre le 11 et le 17 juillet dernier ont eu lieu dans des zones de pâturage. Ces zones sont utilisées par les communautés pour l'élevage et d'autres activités de subsistance, malgré leur contamination.
« Je me suis réveillé à l'hôpital. Je ne peux pas décrire ce que j'ai ressenti à mon réveil, et je ne peux toujours pas le décrire aujourd'hui. J'avais perdu ma jambe. Cela suffit à tout dire. Aujourd'hui, j'utilise des béquilles, mais j'espère recevoir une prothèse à l'avenir. Je ne vais plus à l'école, et la plupart du temps, je n'ai envie de rien faire. Il m'arrive de rendre visite à mes oncles, mais c'est à peu près tout. »
Noor Bimbashi : la plupart des personnes blessées par une mine ou un reste explosif de guerre connaissent un bouleversement radical de leur vie. Elles souffrent également de détresse psychologique. La perte soudaine de mobilité peut rendre difficile le travail, les activités quotidiennes ou la vie autonome. Beaucoup ont besoin d'aide pour les soins personnels et les tâches quotidiennes, ce qui peut affecter leur dignité et leur bien-être.
« J'ai aussi rencontré des difficultés pour me rendre à l'hôpital de Kasra (Deir Ez-Zor) et en revenir, pour mes soins et mon suivi médical. En ce moment, tout ce que je veux, c'est trouver un travail qui me convienne. J'espère pouvoir travailler quelque part, peut-être dans un supermarché, rester occupé et aider ma famille. »
Noor Bimbashi : Treize années de guerre ont détruit la majorité des établissements médicaux en Syrie, laissant peu d'hôpitaux et de centres de santé fonctionnels. Les équipes médicales sont elles aussi désorganisées. Selon les Nations unies, seuls 57 % des hôpitaux et 30 % des centres de soins de santé primaires sont pleinement opérationnels en Syrie.
« Depuis l'accident, j'ai passé beaucoup de temps à avertir mes voisins, mes frères et sœurs, et tous ceux que je connais, des dangers des mines et les engins explosifs. Je leur dis toujours d'éviter de marcher dans les champs ou les zones qui n'ont pas été déminées. Ce qui m'est arrivé peut arriver à n'importe qui. »
Noor Bimbashi : Les séances de sensibilisation aux risques permettent aux populations de mieux reconnaître le danger des restes explosifs de guerre et des munitions non explosées. Elles leur apprennent à les reconnaître et à adopter le bon comportement : en cas d'objet suspect, ne pas s'approcher ni y toucher, et prévenir les autorités. Les séances de sensibilisation aux risques sauvent des vies.
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