En Haïti, les rêves de Wadson brisés par la violence des gangs
Amputé, Wadson vit aujourd’hui dans des conditions très précaires. Handicap International lui a fourni des béquilles et des séances de kinésithérapie pour qu’il puisse marcher à nouveau et commencer à se reconstruire.
Après avoir fui sa maison sous les balles, Wadson Augustin vit aujourd’hui dans un site de personnes déplacées à Port-au-Prince. | © T. Noreille / HI
Les balles fusaient de partout
Je m’appelle Wadson Augustin, j’ai 34 ans. Avant, j’habitais dans le quartier de Solino avec mon fils de 16 ans, Walgens. Solino était un quartier toujours calme et chaleureux, on connaissait nos voisins et on organisait de grandes fêtes ensemble auxquelles tous les jeunes du quartier participaient.
Puis la tragédie s’est produite : des balles ont fusé de partout, on ne savait pas qui tirait. Nous ne pouvions pas rester dans ces conditions, tout le monde a dû partir. J’étais encore devant chez moi quand une balle perdue m’a touché à la jambe. Ma famille n’avait pas les moyens de payer des soins et la plaie s’est infectée, ce qui a obligé les chirurgiens à m’amputer.
La vie sur un site de déplacés est difficile pour une personne handicapée
Je suis arrivé sur le site de déplacés en novembre 2025. Ma vie ici est très difficile. Comme je suis en situation de handicap, je ne peux pas travailler. Parfois, certaines personnes choisissent de m’humilier.
Il est très difficile de se procurer de la nourriture sur le site. Il y a beaucoup de bousculades et de désordre, imaginez pour moi qui ne peux pas marcher ou me tenir debout seul. Pendant les distributions, il arrive que mon bol se casse, et parfois je ne reçois rien à manger. Il m’est déjà arrivé de devoir me résigner et de ne pas manger pendant plus d’une journée.
Après mon amputation, j’avais récupéré une béquille, mais elle s’est cassée peu de temps après mon arrivée sur le site. Je ne pouvais plus marcher, impossible de me déplacer… mais je n’avais pas les moyens de m’en procurer une nouvelle.
Se sentir écouté et compris
Les équipes de Handicap International (HI) viennent régulièrement sur le site de personnes déplacées et c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés et qu’elles ont commencé à me suivre. Elles s’attachent toujours à considérer les personnes handicapées, à les écouter et à leur donner de la valeur. Pour moi, ça a fait une grande différence.
On m’a fourni une nouvelle béquille et montré comment l’utiliser. Il y a une manière correcte de s’en servir pour ne pas tomber et je ne le savais pas. Avant, il m’arrivait de glisser et de tomber mais maintenant je sais quelles précautions adopter. J’ai recommencé à marcher et j’en suis très fier.
Avant, je n’avais jamais fait de rééducation, c’est HI qui m’a appris ce que cela signifiait et les bienfaits qu’elle apportait. On a fait des exercices ensemble et ça m’a permis de marcher plus facilement et sans douleurs.
Je remercie beaucoup les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes de HI qui m’ont toujours aidé moralement et ont toujours pris ma situation en considération. Avec eux, je me suis toujours senti écouté et compris, j’espère qu’ils continueront à m’aider.
Rêver de construire un avenir pour son enfant
Mon fils allait à l’école mais les cours ont été déplacés à cause des affrontements. Comme je n’avais plus les moyens de m’occuper de lui, je l’ai confié à sa marraine qui est commerçante. Ils vivent tous les deux dans un autre site de personnes déplacées, le site local Fusion, où elle a pu le réinscrire à l’école. C’est elle qui s’occupe de lui pour l’instant mais dès que je reçois un peu d’argent, je le lui donne pour l’aider, en attendant que nous puissions de nouveau être réunis.
Je rêve que Dieu nous protège toujours, que je puisse toujours avoir les moyens de construire l’avenir de mon fils et qu’il garde espoir. Je voudrais qu’il reçoive une éducation et qu’il vive comme toute autre personne dans la société.
Le projet Urgence en réadaptation post-traumatique (URPOST) est déployé sur sept sites de personnes déplacées à Port-au-Prince. Il a pour objectif d’améliorer l’accès aux soins et la prise en charge en réadaptation de patients, pour réduire les souffrances et les effets secondaires des blessures et prévenir toute forme de handicap à long terme, ainsi que de réduire les séquelles liées à des trauma pour les survivantes de violences sexistes et sexuelles. Lancé en août 2024, le projet a déjà permis d’accompagner plus de 1 900 patientes et patients en réadaptation, dont 180 ont reçu une aide à la mobilité (béquilles, cannes, fauteuils roulants…). De plus, 95 survivantes de violences ont bénéficié de services de protection et 69 kits de dignité ont été distribués. Handicap International a également dispensé des formations pour d’autres acteurs humanitaires afin d'encourager la prise en compte des femmes et des filles en situation de handicap dans les réponses apportées.
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