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Syrie : sans aide humanitaire, l'intervention chirurgicale est impossible pour Abdul Karim

Inclusion Réadaptation
Syrie

Le cas d'Abdul Karim, qui marche avec des béquilles depuis qu'il a été blessé par balle, illustre la façon dont la baisse des financements de l'aide humanitaire affecte la vie des personnes handicapées.

Un homme et une femme assis dans un bureau, en train de discuter.

Abdul Karim pendant un entretien avec une volontaire de HI. | © HI

Abdul Karim, 39 ans, ne peut plus marcher sans béquilles depuis qu’une balle lui a déchiré le bas de la colonne vertébrale il y a plusieurs années. Il vit dans un immeuble du camp de Suran – à environ 23 km d’Azaz – avec ses trois enfants qu’il élève seul. En raison d’infections cutanées chroniques du membre paralysé, les médecins ont évoqué une possible amputation si aucune opération n’est pratiquée d’urgence.

L’aide au développement destinée à la Syrie a fortement diminué en 2024. Elle est tombée à environ 1,56 milliard de dollars américains (environ 1,39 milliard d'euros), soit une baisse de 37 % par rapport à 2023 (2,5 milliards de dollars).

Abdul Karim est un parent isolé, sans revenu stable, et son handicap rend difficile chacune de ses démarches. Voilà ce qui se produit lorsque les coupes dans l’aide humanitaire frappent un foyer qui n’a aucune autre forme d’aide.

Les chiffres clés

  • 240 000 livres syriennes par mois (environ 18 euros) : c’est l’ensemble des revenus du foyer d’Abdul Karim, lui et ses trois enfants, avec une petite indemnité et une aide ponctuelle de proches vivant hors du camp.
  • 1 à 2 repas par jour : c’est ce que lui et ses enfants mangent actuellement, surtout du pain, du thé, du riz ou du boulgour aux lentilles.
  • Zéro : c’est le nombre de ses trois enfants (âgés de 8, 11 et 14 ans) qui sont actuellement scolarisés.
  • Une par semaine : c’était la fréquence de ses séances de kinésithérapie avant la fin des financements.

Le choc des coupes budgétaires

Avant les coupes budgétaires destinées à l’aide humanitaire en Syrie, Abdul Karim bénéficiait d’un filet de sécurité modeste mais adapté : paniers alimentaires mensuels, consultations médicales gratuites, transport subventionné vers les hôpitaux et orientation vers une intervention chirurgicale à l’hôpital d’Akhtarin-Aqrabat. Puis les financements se sont taris.

La kinésithérapie et le soutien psychosocial menés par une équipe mobile de Handicap International (financée par la GIZ, l'Agence allemande de coopération internationale pour le développement durable) étaient dispensés à l’hôpital Al-Razi d’Alep. Ils se sont arrêtés lorsque le financement de ce projet a pris fin.

L’opération chirurgicale programmée, que les médecins avaient conseillée il y a plusieurs mois pour éviter l’aggravation des lésions de son membre inférieur, a été annulée. Résultat : la mobilité d'Abdul Karim diminue et sa douleur s’accentue de jour en jour.

« L’aide que nous recevions allégeait le poids des dépenses de la vie quotidienne et des frais médicaux, et m’aidait à subvenir aux besoins essentiels de mes enfants. Malgré les difficultés, j’avais le sentiment de pouvoir compter sur un soutien. Ce qui m’a fait le plus de mal, c’est l’annulation de l’opération dont j’avais un besoin urgent. Je me suis senti impuissant car je ne pouvais pas payer le traitement, alors même que mon état exige un suivi médical continu. »

Ses enfants encaissent le choc

Son fils de 14 ans vend des biscuits dans la rue pour aider à couvrir les dépenses, sa fille de 11 ans s’occupe des tâches ménagères et veille sur le plus jeune, le petit dernier de 8 ans à la santé fragile, qui reste le plus souvent à la maison. Aucun d’entre eux n’est scolarisé, et les travailleurs humanitaires signalent un risque réel qu’ils abandonnent définitivement l’école.

Les personnes handicapées durement affectées

Abdul Karim n’est pas un cas isolé. Les travailleurs humanitaires qui ont documenté son cas affirment que les personnes en situation de handicap, ainsi que les enfants et les personnes âgées, subissent une part disproportionnée des dégâts causés par les réductions de financement de l'aide, car ce sont elles qui ont le moins de solutions lorsqu’un service disparaît.

Même le suivi de son dossier est lacunaire : depuis la clôture du projet de rééducation financé par la GIZ, l'association a perdu le contact avec lui, si bien que nous ne savons pas s’il bénéficie encore de soins.

Réduire l’aide humanitaire ne revient pas simplement à supprimer un service ou à fermer un programme : cela revient à dégrader la vie de personnes qui dépendent de ces services pour rester en bonne santé et vivre dans la dignité.


L’aide publique au développement (APD) mondiale subit depuis 2024 des coupes sans précédent, dues principalement à d’importantes réductions de la part de grands bailleurs de fonds comme les États-Unis et les pays européens. Selon l’OCDE, l’aide internationale a chuté de 23,1 % rien qu'entre 2024 et 2025, soit la plus forte contraction annuelle jamais enregistrée. Avec les décisions de réduction des budgets, des millions de personnes dans le monde se retrouvent sans aide.

L'histoire d’Abdul Karim fait partie de nombreux témoignages qui seront intégrés à un rapport de Handicap International sur l’impact des coupes de financement sur les personnes en situation de handicap, que l'association publiera en décembre 2026. Elle rappelle que les projets d’inclusion du handicap sont essentiels au bien-être, à l’autonomie et à l’inclusion des personnes handicapées, dont beaucoup dépendent de l’aide internationale pour leur vie quotidienne. Afin de ne pas aggraver l’exclusion et les inégalités subies par les personnes handicapées, les bailleurs de fonds et les donateurs doivent continuer à soutenir les programmes d’inclusion du handicap.

Publié le : 7 octobre 2026
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