Les inégalités entre les femmes et les hommes persiste au-delà du plafond de verre, c'est pourquoi Handicap International s'engage contre la double discrimination des femmes handicapées.
En dépit des progrès accomplis, l'inégalité homme femme demeure l'une des injustices les plus tenaces de notre société moderne. Des stéréotypes de genre enracinés dès l'enfance au plafond de verre qui freine les carrières féminines, en passant par les violences quotidiennes que subissent des millions de femmes à travers le monde, le patriarcat continue de structurer les rapports sociaux. Cet article dresse un bilan chiffré global de ces disparités, de l'orientation scolaire jusqu'à la retraite, avant d'explorer une réalité encore trop souvent invisible : la vulnérabilité accrue des femmes en situation de handicap, au cœur de l'action de Handicap International.
L'inégalité entre femme et homme s'observe à tous les stades de la vie, depuis le choix d'orientation scolaire – encore largement conditionné par des représentations sexistes – jusqu'aux inégalités de retraites qui viennent clore des carrières marquées par la précarité. Qu'il s'agisse des salaires, de la répartition des tâches domestiques, de l'accès à l'éducation ou de l'exposition aux violences, les écarts restent considérables, autant à l'échelle nationale que mondiale.
Aujourd'hui, l'inégalité homme femme en France et dans le monde se mesure à travers plusieurs disparités clés :
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Indicateur clé |
Chiffres clés |
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Écarts de salaire |
En France, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 21,8 % à celui des hommes dans le secteur privé (données INSEE publiées en 2024), et l'écart tombe à 14 % à équivalent temps plein. L'écart salarial entre les hommes et les femmes est de 19 % dans le monde (Oxfam). |
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Écart de richesse |
Les hommes détiennent 50 % de richesses de plus que les femmes. |
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Inégalités des retraites |
Les pensions directes des femmes sont inférieures de 38 % à celles des hommes, voire 39 % selon certaines sources (DREES). |
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Répartition domestique |
Les femmes consacrent 3h30 par jour aux tâches domestiques, contre 2 heures seulement pour les hommes (ministère chargé de l'Égalité femmes-hommes). |
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Éducation et analphabétisme |
Deux tiers des analphabètes dans le monde sont des femmes (Oxfam). |
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Violences subies |
Dans le monde, près d'une femme sur trois (soit environ 30 à 35 %) est exposée à des violences physiques et/ou sexuelles au cours de sa vie (Handicap International / OMS). |
Si ces différences illustrent la situation de la population générale, elles s'aggravent considérablement lorsqu'on croise le genre avec d'autres facteurs d'exclusion tels que le handicap.
Les données générales sur l'inégalité femme-homme dessinent déjà un tableau préoccupant. Si des avancées législatives tentent de réduire ces disparités (index de l'égalité professionnelle, lois sur la parité), elles peinent encore à intégrer la notion d'intersectionnalité. C'est ici que la double peine s'applique aux femmes en situation de handicap : ces discriminations se cumulent, créant une vulnérabilité extrême que les politiques publiques peinent à prendre en charge. On parle alors de double discrimination : celle liée au genre d'un côté, celle liée au handicap de l'autre. Deux systèmes d'oppression qui, lorsqu'ils se superposent, produisent des effets bien supérieurs à leur simple addition.
Muriel Mac Seing, experte de la santé mondiale et des violences liées au genre, ancienne collaboratrice de Handicap International, résume cette réalité :
« Le fait d'être une femme et d'être handicapée entraîne souvent une double discrimination. D'une part, en raison de nombreux stéréotypes sociaux et culturels, les femmes n'ont pas toujours le droit de gérer leur propre vie sexuelle et reproductive [...] De plus, les femmes handicapées, souvent très proches voire dépendantes d'autres adultes de leur entourage, sont encore plus exposées aux risques de violences sexuelles. »
Les chiffres confirment cette réalité alarmante : les femmes et les filles en situation de handicap sont jusqu'à dix fois plus exposées aux violences sexuelles que les autres. En France, 34 % d'entre elles ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d'un partenaire, contre 19 % pour les femmes sans handicap (Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne / données relayées par la MIPROF, 2019). La dépendance aux proches, l'isolement social et la peur des représailles créent un cercle vicieux dont il est extrêmement difficile de s'extraire. Beaucoup de ces victimes s'isolent davantage et renoncent à demander de l'aide, par crainte d'être stigmatisées, de ne pas être crues ou de perdre l'accès aux soins dont elles ont besoin.
À cette violence directe s'ajoutent des formes de discrimination plus insidieuses : exclusion de l'emploi, précarité économique accrue (notamment via un fort taux de temps partiel subi), accès limité à la santé et à l'éducation. 20 % des femmes en situation de handicap dans le monde sont actives professionnellement, contre 36 % des hommes handicapés. Ces inégalités économiques amplifient encore les risques de maltraitance et d'exploitation, entretenant une spirale dont il est difficile de sortir sans soutien extérieur, et donc de revendiquer sa place dans la société.
Les inégalités entre femmes et hommes n’apparaissent pas à l'âge adulte. Elles se construisent dès la petite enfance, à travers un code et des stéréotypes de genre transmis par la famille, les médias, les manuels scolaires et les interactions quotidiennes. Ces représentations conditionnent les parcours de vie : elles orientent les jeunes filles vers certaines filières d’enseignement, découragent leurs ambitions professionnelles dans des secteurs dits “masculins” et normalisent une répartition inégale des responsabilités familiales. Selon les données de la DREES, ces biais inconscients ont des effets mesurables sur les trajectoires scolaires et les choix d'études, qui se répercutent ensuite sur les carrières, les salaires et, in fine, sur les retraites.
Pour les enfants en situation de handicap, ces obstacles sont encore plus prononcés. Parmi les quelque 240 millions d'enfants handicapés dans le monde, un sur deux n'est pas scolarisé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire (Unicef). Filles et garçons sont concernés, mais les filles handicapées cumulent les obstacles : elles sont plus souvent retirées de l'école, moins soutenues dans leurs apprentissages et davantage exposées aux violences intrafamiliales liées à leur exclusion sociale.
C'est pourquoi l'éducation constitue un véritable super-pouvoir pour réduire ces inégalités. En garantissant aux enfants, en particulier aux filles en situation de handicap, un accès à une scolarisation de qualité, on leur offre les outils pour connaître leurs droits, développer leur autonomie et rompre le cycle de la précarité. Handicap International l'a compris depuis longtemps ; en 2023, l'ONG a mené 91 projets d'éducation inclusive dans le monde, accompagnant plus de 280 000 personnes vers une éducation digne et adaptée.
L'histoire de Daïsane en République démocratique du Congo illustre parfaitement cette approche : née avec des pieds bots, cette jeune fille aurait pu se voir exclue du système éducatif. Grâce au travail des équipes de Handicap International et à l'intégration dans des écoles inclusives, elle a pu poursuivre sa scolarité, brisant ainsi le destin que son handicap aurait pu lui imposer.
Depuis de nombreuses années, Handicap International intervient concrètement pour briser ce cycle de violences et d'exclusion. En combinant prévention, sensibilisation et accompagnement thérapeutique, l'ONG déploie des programmes adaptés aux réalités locales sur plusieurs continents. Quelques exemples d’initiatives :
Lutter contre l'inégalité entre les femmes et les hommes implique de ne laisser personne de côté, en particulier les filles et les femmes en situation de handicap, trop souvent oubliées des politiques sociales. Des stéréotypes de genre, qui apparaissent dès l'école, aux violences subies dans l'intimité du foyer, chaque discrimination laisse des traces profondes et durables. L'éducation inclusive, la sensibilisation des communautés et le soutien des victimes sont les leviers essentiels pour construire un monde où les droits des femmes et des personnes handicapées doivent être respectés à un niveau égal au reste de la population.
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