Aller au contenu principal
 

Camps de réfugiés : la réalité complexe de ces espaces de survie

 
Dans un camp au Tchad, des réfugiés s'affairent autour de bidons d'eau alignés.
© A. Larcan / HI
 
 

Découvrez la réalité d'un camp de réfugiés, entre urgence humanitaire et survie quotidienne. Explorez notre analyse et soutenez l'inclusion avec HI.

 
 

En 2023, le monde a franchi un seuil alarmant : 117,3 millions de personnes ont été déplacées de force – un record absolu – dont 43,4 millions de réfugiés ayant fui leur pays d’origine en raison d’un conflit armé, d’une persécution ou d’une catastrophe. Parmi ces migrants, plus de 6,6 millions vivent concrètement dans des structures d’abris d’urgence, selon le HCR, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.

Un camp de réfugiés est un espace temporaire construit par des gouvernements ou des ONG pour recevoir et protéger des populations dans une région donnée, fuyant la guerre ou une catastrophe. Mais la réalité est bien plus complexe : entre surpopulation, manque d’infrastructures et vulnérabilités visibles ou invisibles, ces espaces humanitaires concentrent des défis immenses. Cet article vous propose d’en explorer les multiples facettes : de la vie quotidienne des réfugiés jusqu’aux actions de solidarité internationale menées par Handicap International en faveur des populations les plus vulnérables. Une personne sur trois aidée par l’association est réfugiée ou déplacée dans son pays.

La réalité complexe de ces espaces humanitaires

Conçus comme une mesure d’urgence et temporaire, les camps de réfugiés ont tendance à se pérenniser. Selon le HCR, si certains camps n’existent que quelques mois, d’autres perdurent pendant des décennies : à l’image de Dadaab et Kakuma au Kenya, ou des camps de Tindouf en Algérie, où des réfugiés vivent depuis plusieurs générations. La durée de vie moyenne d’un camp est estimée à 12 ans : ce qui était conçu comme un abri provisoire devient une ville accidentelle, avec ses marchés, ses écoles et ses centres communautaires.

On distingue plusieurs formes d’encampement : les structures officielles administrées par le HCR ou des ONG, voire le gouvernement du pays d’accueil, avec enregistrement et distribution d’aide ; et les campements informels auto-organisés en périphérie des frontières ou des zones urbaines, souvent moins visibles mais tout aussi précaires. Pour environ 40 % des personnes déplacées de force, un camp constitue le premier refuge.

Voici les sites les plus importants à l’échelle mondiale :

Nom ou lieu du camp

Pays d'accueil

Population estimée / caractéristique

Kutupalong (Cox's Bazar)

Bangladesh

Plus d’un million de réfugiés rohingyas (le plus grand camp du monde)

Dadaab

Kenya

Plus de 200 000 habitants, dont beaucoup y vivent depuis plusieurs générations

Zaatari

Jordanie

5e ville du pays par sa taille, mais un territoire absent des cartes officielles

Différents camps

Turquie

Le pays accueille près de 3,8 millions de réfugiés au total, dont une majorité de Syriens

 

Face aux limites de ces structures et à un manque de politique nationale dans chaque pays concerné, les grandes organisations humanitaires privilégient aujourd’hui des alternatives aux camps : attribution de terrains ou de logements aux réfugiés, accords d’hébergement privés, intégration dans les communautés locales. Ces solutions pratiques permettent aux personnes déplacées de retrouver davantage d’autonomie, de choisir leur lieu de résidence et de vivre avec une plus grande dignité. En bref, de voir une amélioration de leurs conditions de vie. L’Ouganda fait figure d’exemple dans cette direction, en accordant des terres aux réfugiés dans le cadre du Pacte mondial sur les réfugiés.

Survivre au quotidien face aux urgences vitales

La réalité des camps de réfugiés confronte leurs habitants à des conditions de vie souvent extrêmes. À Cox’s Bazar, au Bangladesh, plus d’un million de réfugiés rohingyas s’entassent sur seulement 24 km², ce qui en fait l’un des endroits les plus densément peuplés au monde avec près de 40 000 habitants au kilomètre carré (à titre de comparaison, ce taux est de 125 en moyenne en France métropolitaine). Les abris de bambou et de bâches, vulnérables aux cyclones, aux inondations et aux incendies, protègent insuffisamment des intempéries.

Les infrastructures de base font cruellement défaut : l’accès à l’eau potable y est limité, la proximité des points d’eau et des latrines favorise la contamination, et la prolifération de nuisibles et d’insectes aggrave les risques d’infections. Cette réalité n’est pas propre au Bangladesh : à Gaza, les camps surpeuplés de déplacés palestiniens font face aux mêmes fléaux. La surpopulation et les mauvaises conditions d’hygiène favorisent la propagation de maladies et d’infestations, tandis que l’accès à une eau saine reste précaire pour des millions de personnes déplacées.

À cette précarité sanitaire s'ajoute un défi environnemental majeur, souvent méconnu. L'installation soudaine de centaines de milliers de personnes exerce une pression inédite sur les écosystèmes locaux. Au Bangladesh, l'expansion fulgurante du camp de Kutupalong a initialement entraîné une déforestation massive, détruisant la couverture végétale et aggravant les risques de glissements de terrain. De plus, la gestion des déchets y représente un casse-tête logistique : avec plus de 100 tonnes de détritus générées chaque jour, les sols et les cours d'eau alentour sont gravement menacés de pollution. Face à cette urgence écologique, le secteur humanitaire amorce une transition indispensable : de la mise en place de filières de recyclage et de compostage communautaire par les ONG, jusqu'à l'installation de vastes centrales solaires, à l'image des initiatives menées par le HCR dans les camps d'Azraq et de Zaatari en Jordanie.

Au-delà des privations matérielles, la détresse psychologique est une urgence trop souvent invisible. L’exil prolongé, l’absence de perspectives de réinstallation, la perte d’un pays d’origine et de repères culturels engendrent une montée des troubles mentaux, de l’anxiété et des tentatives de suicide. Dans le camp de Dagahaley, au Kenya, l’ONG Médecins sans Frontières a signalé une crise de santé mentale exacerbée par l’absence de solutions durables pour ces populations déplacées depuis des années, et dans un état de détresse psychologique inouïe.

L’extrême vulnérabilité des personnes handicapées

Parmi les réfugiés du monde entier, une catégorie est particulièrement oubliée : les personnes handicapées. On estime qu'environ 15 % des personnes déplacées et réfugiées dans le monde vivent avec un handicap. Souvent pauvres, stigmatisées, mises à l’écart de leur communauté et oubliées pendant les crises, elles font face à de nombreuses discriminations supplémentaires.

Dans un camp de réfugiés, les obstacles physiques et sociaux s’accumulent :

  • Les chemins boueux et escarpés, les abris inaccessibles et l’absence de rampes ou de toilettes adaptées rendent les déplacements autonomes quasi impossibles pour les personnes à mobilité réduite.
  • Les personnes handicapées sont souvent les dernières à recevoir l’aide humanitaire distribuée, faute de pouvoir se déplacer jusqu’aux points de distribution.
  • La stigmatisation et l’isolement social au sein même de la communauté de réfugiés aggravent leur situation, les excluant des décisions collectives et des réseaux de soutien.

Ces réalités ont un visage : celui de Lalu, fillette rohingya de 9 ans atteinte de paralysie cérébrale, qui vivait dans un camp au Bangladesh. Incapable de se déplacer seule sur les chemins accidentés du camp, elle était coupée de ses pairs et de toute activité. Grâce à l’intervention de Handicap International, qui lui a fourni un fauteuil roulant adapté et des séances de kinésithérapie, Lalu a retrouvé de la mobilité et, avec elle, une part de liberté et de dignité. N’oublions pas les personnes handicapées dans les camps de réfugiés !

L’engagement associatif pour l’inclusion et l’autonomie

Depuis plus de 40 ans, Handicap International intervient dans les camps de réfugiés du monde entier pour porter assistance et répondre aux besoins des personnes les plus vulnérables. L’association fournit des services vitaux de réadaptation physique (kinésithérapie, appareillage de prothèses, aides à la mobilité comme des béquilles, des fauteuils roulants ou des déambulateurs), un soutien psychosocial et des premiers soins psychologiques, ainsi qu’une présence au cœur des communautés pour garantir l’accès à l’aide humanitaire aux personnes déplacées handicapées. Au Kenya, quatre centres de soins gérés par HI accueillent les réfugiés du camp de Dadaab.

Au-delà des soins, Handicap International porte un engagement fort pour l’autonomisation économique des réfugiés handicapés. Son projet InBusiness, mené de 2019 à 2024 dans les camps de Kakuma et Kalobeyei au Kenya, a formé près de 1 200 personnes handicapées à l’entrepreneuriat et aux activités génératrices de revenus : techniques commerciales, gestion des finances, développement de réseaux professionnels. Parmi elles, Judita Gideon, réfugiée sud-soudanaise qui a fui les violences de son pays et vit à Kalobeyei avec ses enfants, dont trois sont porteurs d’un handicap physique. Grâce au programme, elle gère aujourd’hui avec succès un hôtel et une épicerie, et subvient aux besoins de toute sa famille. Lire son témoignage

Ces actions concrètes sont rendues possibles grâce à la générosité des donatrices et des donateurs. En soutenant Handicap International, vous contribuez à financer l’appareillage médical, les soins de réadaptation et les programmes d’inclusion économique pour des milliers de réfugiés handicapés oubliés. Faire un don, c’est choisir que personne ne soit laissé de côté.

Conclusion

Un camp de réfugiés n’est pas qu’un simple abri physique : c’est un lieu de survie où l’inclusion de chacun et chacune – y compris des personnes handicapées et des populations déplacées les plus vulnérables – est un droit fondamental. La solidarité internationale permet de transformer des destins. Partagez cet article et informez-vous sur les actions de Handicap International dans le monde : ensemble, agissons pour que chaque réfugié puisse vivre dans la dignité.

 
 

Article similaires

Malnutrition dans le monde : un fléau destructeur pour l’avenir des enfants Urgences humanitaires

Malnutrition dans le monde : un fléau destructeur pour l’avenir des enfants

Face à l'aggravation de la malnutrition dans le monde, des millions d'enfants risquent de lourds handicaps. Découvrez nos thérapies de réadaptation et comment agir.

Tous les articles

Inégalités femmes-hommes : des stéréotypes à la double discrimination du handicap Santé et droits

Inégalités femmes-hommes : des stéréotypes à la double discrimination du handicap

Les inégalités entre les femmes et les hommes persiste au-delà du plafond de verre, c'est pourquoi Handicap International s'engage contre la double discrimination des femmes handicapées.

Tous les articles

Pauvreté en Haïti : comprendre la crise multidimensionnelle, ses chiffres clés et les solutions d'urgence Conflits et protection des civils

Pauvreté en Haïti : comprendre la crise multidimensionnelle, ses chiffres clés et les solutions d'urgence

Découvrez les causes et les chiffres de la pauvreté en Haïti face à la crise actuelle, et explorez les solutions d'aide humanitaire pour soutenir la population haïtienne.

 
Publié le : 0 ? 0
 

Partagez vos idées de sujets sur la solidarité !

 

Vous souhaitez voir un thème abordé sur la solidarité internationale ?
Dites-le nous ! Nous le traiterons dans le blog.

 
 
 
 
Logo Handicap International Logo Handicap International Logo Handicap International Logo Handicap International

HI est une organisation de solidarité internationale indépendante et impartiale, qui intervient dans les situations de pauvreté et d’exclusion, de conflits et de catastrophes. Œuvrant aux côtés des personnes handicapées et des populations vulnérables, elle agit et témoigne, pour répondre à leurs besoins essentiels, pour améliorer leurs conditions de vie et promouvoir le respect de leur dignité et de leurs droits fondamentaux.

 
 
 

Je rejoins la communauté HI

Je reste informé(e)

Toute l'actualité et les initiatives en matière de solidarité internationale dans votre boite mail.

 

J'agis à vos côtés

Vous souhaitez vous mobiliser ou sensibiliser autour de vous ?

 

Je soutiens vos actions

Vous souhaitez contribuer à nos missions terrains en faisant un don ?

 
 

© HI | 2026

 

Handicap International France est une Association loi 1901 reconnue d’utilité publique, habilitée à recevoir des legs, donations et assurances-vie | N° SIRET : 327 377 966 00061 | Code APE : 8899B.
Lorsque vous faites un don, vous bénéficiez de 75 % de réduction fiscale dans la limite de 1 000 €. Au-delà, cette réduction passe à 66 %, dans la limite de 20 % de votre revenu net imposable.