
Lynn Bradach, mère d'un soldat américain décédé à cause d'une bombe à sous-munitions témoigne de son indignation contre cette arme.
Je m'appelle Lynn Bradach. Il y a 8 ans à peine j'étais une femme active et une mère américaine comme les autres. Je n'avais aucune idée de ce qu'était la guerre, de ses armes, et du véritable impact qu'elle pouvait avoir sur une famille. Aux USA, une grande partie de la population est comme cela.
En 2000, mon fils aîné Travis a rejoint les US Marines. Encore maintenant, je ne comprends pas pourquoi, mais c'était son choix. A mes yeux le monde était beau et sûr, mais je comprenais son besoin de discipline. En 2001, le monde commença à m'exploser à la figure. Pour la première fois j'ai ressenti les inquiétudes liées à la guerre, mais elles paraissaient encore très loin. J'ai même cru, de tout mon cœur, que les USA ne rentreraient pas en guerre.
L'année 2003 marqua le début de la destruction de mon monde parfait et mes premiers pas dans ce voyage. Mon fils, le Caporal John Travis Bradach-Nall a été envoyé en guerre. Je sais maintenant ce que ressent un parent lorsque ses enfants sont dans une situation qu'il ne peut contrôler, qu'il ne peut comprendre et lorsqu'il est dans l'incapacité d'assurer sa sécurité. Mon fils était un marine entraîné, pas un enfant innocent sous le feu des tirs, mais comme toutes les mères, j'étais terrorisée par la peur.
La guerre finie, j'ai cru que Travis allait revenir à la maison. Je n'ai pas pensé une seule seconde à ce qui était resté sur place après les bombardements. Avec le recul, je m'aperçois maintenant comme c'était inconscient et égoïste de ma part. Ce retour sain et sauf, tant espéré n'était pas possible : mon fils courageux, appela pour dire qu'il s'était porté volontaire pour accompagner ses camarades nettoyer une zone remplie de bombes et d'engins inexplosés. Il me dit « maman tu es en sécurité. Rien ne peut t'arriver. Je dois rester ici et prendre soin de mes camarades, veiller à ce qu'ils rentrent tous chez eux.». Le 2 juillet 2003 j'ai été informée que Travis avait été tué par un engin explosif et c'est avec cette mort que le monde parfait de Lynn Bradach s'est également éteint.
Ce n'est que plus tard que j'ai appris que cet engin qui avait pris la vie de mon fils était une sous-munition américaine, qui n'était pas interdite. Des milliers de ces bombes barbares et inhumaines furent tirées au début de l'invasion et aujourd'hui encore, à cause de leur taux de raté très élevé, des obus non explosés attendent leurs victimes innocentes. J'ai appris tellement de choses sur cette arme. Il s'agit d'une arme de guerre vétuste. Depuis le début c'était une mauvaise idée de l'utiliser. L'objectif des sous-munitions, larguées ou tirées en très grande quantité est de stopper ou de freiner la progression des troupes et de leur artillerie. Cette technique de guerre est dépassée depuis des années.
Les camarades de Travis m'ont dit qu'ils ont été entraînés à ne pas manipuler les bombes à sous-munitions lorsqu'ils en trouvaient. Elles devaient être détruites sur place. Cette arme est tellement sensible et meurtrière que même bien entraînés les marines ne devaient pas les toucher. Cependant, j'ai été informée que ce protocole n'était pas suivi sur le terrain, quelqu'un de négligeant a commencé à les bouger et à les détruire. Cette négligence lui a couté son œil, sa main et sa jambe, mais elle couta également la vie à un autre Marine, son ami, mon enfant. C'est certainement le fardeau le plus lourd qu'il aura à porter toute sa vie.
Si même les militaires les mieux entraînés peuvent accidentellement être victime des sous-munitions, comment peut-on s'attendre à ce que les civils qui reviennent sur ces terres truffées de ces armes n'en soient pas les victimes ?
Le rêve de chaque parent est de laisser à ses enfants un monde meilleur que le leur. On prie pour que chaque génération apprenne des erreurs de la précédente. Dans mon cas mon enfant m'a quittée à cause des erreurs de la génération précédente. Il m'a quittée pour essayer de faire un monde meilleur. C'est à moi maintenait de demander à mon pays, les Etats-Unis d'Amérique, de se lever et d'être la nation pour laquelle mon fils a cru se battre. Notre pays doit tout faire pour protéger les vies innocentes en interdisant la production, le stockage et l'utilisation des bombes à sous-munition.
Il faut cesser d'avoir peur et se lever pour ce qui est juste. Comment pouvons-nous vivre en paix avec nous-mêmes si nous n'agissons pas lorsque nous savons que quelque chose est injuste. On ne peut restituer à un enfant ses bras, ses jambes ou sa vie. On ne peut pas rendre à un parent son fils mais on peut empêcher ces tragédies de se produire et s'occuper de ceux qui ont été touchés.
Propos recueillis à Genève le 10 novembre 2008 par Stéphanie Castanie.
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