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"Je suis fière d’être démineuse"

Portrait d'Elisabeth Sambou en tenue de démineuse.
© J-J. Bernard / Handicap International

Elizabeth Sambou, opératrice de déminage pour Handicap International en Casamance, explique son métier et de sa vie de démineuse.

La formation est-elle difficile ?
La formation était difficile au début, mais je me suis adaptée et je me suis consacrée entièrement à cela pour apprendre. Pendant l'entretien, on m'a demandé si j'avais peur ! J'ai répondu que non car à cause du risque de ces mines, les populations n'ont pas accès à certaines zones alors qu'elles en ont besoin dans leurs vies quotidiennes et pour leurs activités économiques ; ce sont ces zones qui les nourrissent. Au début, j'ai surtout eu peur de ne pas supporter les 5 semaines de formation.

Quelles sont les principales difficultés de ce métier ?
Il fait très chaud en Casamance, je n'ai pas grandi ici, la tenue est lourde et nous travaillons à genoux. C'est donc difficile, mais à force, je me suis habituée. Je n'ai jamais vraiment eu peur. Il suffit de faire ce qu'on demande et de suivre les consignes de sécurité. La sécurité, c'est le plus important, c'est ce qui revient toujours dans les formations et les instructions de nos chefs. Cela me rassure. Lors de la formation, on nous explique les dégâts que font ces mines. J'ai demandé au formateur si, parmi ces équipes, il avait déjà eu des victimes... Il m'a répondu que non, qu'il suffisait d'appliquer strictement les règles de sécurité. Il y a un cheminement à respecter pour se déplacer et avancer, des normes strictes à respecter.

Est-ce un métier stressant ?
Ce métier est avant tout très intéressant, mais il demande de la concentration et de l'organisation. Il faut bien manger le matin et bien se reposer durant les périodes de repos.
Pendant la pause, toutes les 30 minutes dans le cadre du déminage systématique, on enlève la tenue de travail. On se raconte des histoires, on rit, on s'amuse. Cela nous permet vraiment de décompresser. Ce travail est un peu stressant, mais il y a une très bonne ambiance au sein de l'équipe, elle est vraiment soudée.

Que pensez-vous de votre travail ?
Ce métier me plait beaucoup, je suis enthousiaste à l'idée d'enlever des mines qui font peur aux gens, il faut les tranquilliser. Cet objectif me permet de reprendre des forces et me redonne le courage d'aller jusqu'au bout quand je suis fatiguée. Ces gens ont souffert des années, ils ont besoin d'accéder à leurs terres, ce sont ces terres qui les nourrissent. Je trouve donc que mon travail est très intéressant, j'éprouve une réelle fierté de savoir qu'après la libération d'une zone, la population peut reprendre le cours de sa vie, ne vit plus dans la crainte et que les gens peuvent reprendre leurs activités. Le déminage peut changer la vie des populations.
Toute notre équipe est très fière du rôle qu'elle joue. Les populations nous remercient souvent pour notre travail, cela nous fait très plaisir, c'est très valorisant.

Etes-vous parfois découragée face à toutes les zones restant à déminer ?
Je souhaiterais que davantage d'équipes soient formées pour déminer, car les populations ont besoin de récupérer leurs terres au plus vite, il y a urgence. Il faut qu'il y ait plus d'équipes et plus de femmes dans les équipes afin de les rendre plus dynamiques. Il faut de toute urgence tranquilliser ces populations qui ont déjà beaucoup souffert et qui se retrouvent avec des terres qui ne sont plus utilisables alors que leur activité consistait justement à travailler la terre.   Il faut que ces gens puissent retravailler le plus vite possible. Et il faut aussi que le recrutement des démineurs s'organise dans le cadre de contrats et avec des financements à long terme et que le déminage soit mis en œuvre dans une optique de long terme. Nous avons une équipe dynamique, nous voulons aller plus loin.

Quelles sont vos relations avec les habitants de la zone que vous déminez et avec les agents communautaires ?
Nous n'approchons pas beaucoup la population pendant notre travail. Ce sont les agents de liaisons qui nous transmettent les remerciements des habitantes et nous informent qu'ils sont contents. Nous sommes en liaison permanente avec les agents communautaires. Mais je préfère être démineuse, je suis vraiment comblée en tant que démineuse, cela me fait plaisir d'enlever les risques de ces mines pour tranquilliser la population.


Quelles sont vos ambitions pour la suite de votre carrière ?
J'aimerais aller beaucoup plus loin. Il y a en tout 4 niveaux dans le métier de démineur. J'aimerais avoir un jour davantage de responsabilités, de maîtrise du système, apprendre et connaître plus de son fonctionnement... Je souhaiterais à terme devenir chef d'équipe ou pourquoi pas chef des opérations.

Pour aller plus loin

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Vidéo : mieux comprendre
le déminage humanitaire
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