
Parce que la vie affective des personnes handicapées est un sujet tabou, Sheila Warembourg, sexologue et psychomotricienne, a créé, en 2000, le service d'Accompagnement de la vie affective et sexuelle (AVAS) des personnes handicapées pour le programme France de Handicap International.
Est-il facile parler de la vie affective des personnes handicapées ?
Les personnes handicapées ont, comme tout individu, le désir de vivre en couple et, pour certaines, lorsque cela est possible, de fonder une famille. Et pourtant, c'est un tabou souvent difficile à briser. Il nous a donc semblé primordial d'accompagner concrètement tous les acteurs concernés : personnes handicapées et leurs familles, associations et institutions.Le service d'Accompagnement de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées (AVAS) leur propose donc un projet favorisant l'épanouissement et le respect de l'intimité, ainsi qu'une plus grande prise en compte de leur vie affective et sexuelle.
Comment abordez-vous ce tabou ?
Nous avons constitué des groupes de parole (adolescents et adultes handicapés). Parallèlement, plusieurs centaines de professionnels travaillant en institutions et de parents ont été formés ou sensibilisés à ces questions. Dans les groupes de parole, mon rôle est de poser les questions, de les faire réagir, de les écouter et de les accompagner dans leurs réflexions. Pour cela, j'utilise une “boîte à outils” composée d'éléments pédagogiques adaptés : images, vidéos, statuettes... Toute une série de supports qui me permettent d'ouvrir la discussion.Ce travail se fait souvent en groupes séparés pour faciliter l'expression des uns et des autres : d'un côté les hommes, de l'autre les femmes.
Quels progrès avez-vous observé ?
Le sujet reste très sensible, mais peu à peu les verrous sautent. Professionnels et parents acceptent enfin d'en parler. Dans l'un des établissements spécialisés où j'interviens, la direction réfléchit à la place accordée à l'intimité et à la vie affective des résidents. Résultat : quatre chambres au sein de l'institution sont occupées par des personnes handicapées en couple. Mais nous devons poursuivre le travail de formation des professionnels, car il faut pérenniser ce type d'accompagnement tout au long de la vie des personnes handicapées.