
Trois semaines après le séisme qui a frappé Haïti, l'heure est toujours à l'assistance d'urgence, particulièrement aux personnes amputées dont le nombre dépasserait les 2 000 selon une première estimation de Handicap International. L'association organise une réponse à long terme pour prendre en charge ces milliers de victimes.
Explications d'Isabelle Urseau responsable de la réadaptation de Handicap International.
Quelle est votre mission auprès des personnes amputées ?
Nos équipes Santé en Haïti assurent aujourd'hui un suivi postopératoire des personnes blessées et amputées, en vue de limiter au maximum les séquelles invalidantes durables. L'objectif est de leur permettre de retrouver la plus grande autonomie possible grâce à un appareillage adapté.
Les conditions pour remettre une personne debout ?
Pour permettre la pose d'une prothèse sur un membre amputé, il faut que l'amputation ait été faite dans des conditions satisfaisantes. A savoir que l'extrémité de l'os coupé soit arrondie et que les muscles le recouvrent. Il est également nécessaire que l'amputation ait été réalisée à une distance suffisante des articulations pour que la personne puisse utiliser au mieux sa prothèse.
Et si ces deux conditions ne sont pas réunies ?
L'appareillage sera difficile voire impossible. Il faut alors réopérer, ce qui constitue un traumatisme supplémentaire pour la personne amputée. En Haïti, c'est malheureusement une situation que les membres de Handicap International ont pu constater, en raison des conditions dans lesquelles un nombre très élevé d'opérations chirurgicales a dû avoir lieu dans un temps record. Et certaines amputations ne présentent pas les conditions requises pour permettre à la personne de recevoir une prothèse.
Quelles sont les étapes de l'appareillage ?
Il faut prendre en charge très rapidement les personnes amputées. La première étape, après l'amputation, c'est le suivi postopératoire, qui passe notamment par des soins de rééducation qui maintiendront la force musculaire et la souplesse des articulations, ainsi que par un accompagnement psychologique. Nous établissons aussi une base de données sur les personnes amputées, afin de pouvoir poursuivre ce suivi dans la durée, avec la plus grande efficacité.
Vous fournissez des prothèses rapidement ?
Pour ce type d'urgence, Handicap International utilise dans un premier temps une technologie d'appareillage temporaire* qui permet de mettre debout rapidement les personnes et de commencer une rééducation plus dynamique, également favorable à l'état psychologique. Ces prothèses temporaires ne peuvent être fournies qu'après cicatrisation des moignons, c'est-à-dire après quelques semaines voire plusieurs mois. Un tel appareillage peut ensuite être réalisé en 24 à 48 heures. Les personnes retrouvent alors rapidement de la mobilité, donc de l'activité physique favorable à leur état général. Psychologiquement, c'est l'image de soi, quelquefois gravement atteinte par la perte d'un membre, qui trouve une forme de restauration. Les perspectives d'avenir sont considérablement améliorées.
L'appareillage d'urgence est donc une étape intermédiaire ?
En effet, cette démarche va permettre d'identifier rapidement les personnes présentant des moignons douloureux qui nécessitent des soins spécifiques et les amputations qui demandent une intervention chirurgicale complémentaire Dans ce cas, il est important que l'opération puisse avoir lieu le plus tôt possible, les personnes amputées étant de plus en plus réticentes à voir leurs membres mutilés encore raccourcis, à mesure que le temps passe.
On peut conserver ces prothèses temporaires combien de temps ?
Pendant quatre à six mois. Le moignon prend progressivement sa forme définitive et permet donc par la suite un appareillage permanent, sur mesure et plus esthétique. Il faut ensuite produire des appareillages définitifs, lesquels devront être changés tous les trois à cinq ans dans le cas d'un adulte, et environ tous les six mois dans le cas d'un enfant en pleine croissance.
Vous vous engagez pour longtemps ?
Compte tenu de l'ampleur du séisme, le défi qui va très vite se présenter est cette « génération d'amputés » qu'il faut appareiller. Cette tâche devra être accomplie par de multiples intervenants, avec une exigence de coordination et de cohérence. Handicap International se prépare à fournir des prothèses temporaires à trois cents à quatre cents personnes entre mars et août 2010. L'association projette de démarrer la production des appareillages permanents dès juillet 2010. Et nous devons former du personnel haïtien pour que le suivi des personnes amputées en matière d'appareillage et de réadaptation puisse perdurer. C'est un défi à long terme.
Je soutiens les actions d'urgence en Haïti
Je parraine le programme Haïti
* Les prothèses temporaires (qualifiées aussi « d'entraînement ») sont aussi utilisées dans les protocoles de prise en charge dans nos pays. Dans un contexte comme celui d'Haïti, elles sont qualifiées de « prothèses d'urgence » car elles permettent alors de répondre au besoin d'appareillage de masse, en situation de crise et en un temps très court.