
Valentine Desclée est partie en Haïti en tant que chargée de projet pour la distribution d'abris d'urgence. Elle raconte sa mission dans la région de Petit Goâve et les Mornes (les zones montagneuses qui s'étendent au sud de Petit Goâve). Elle y a travaillé pendant 3 mois, avec une équipe de dix Haïtiens.
« La base Handicap International de Petit Goâve était déjà ouverte à mon arrivée début février, avec une maison-bureau, quelques véhicules et surtout un entrepôt gorgé de tentes et de matériel de première nécessité qui n'attendaient que de répondre aux besoins urgents des sinistrés de cette catastrophe.
Petit Goâve, ville côtière d'environ 110 000 habitants à 68km à l'ouest de Port-au-Prince a aussi été frappé de plein fouet par le séisme du 12 janvier dernier. Toute la ville a tremblé en laissant de nombreux dégâts, jusqu'à engloutir certaines maisons et terrains situés en bord de mer.
Afin d'optimiser nos actions de distributions et de couvrir la zone au maximum, nous nous sommes répartis les secteurs de la ville avec les différents acteurs humanitaires présents et opérationnels. Puis, rapidement, nous avons décidé de diriger nos actions vers les zones rurales de la section communale de Petit et Grand Goâve.
Notre première distribution de tentes a eu lieu le 15 février à Petite Guinée, dans un quartier en bord de mer extrêmement touché et dont certains terrains ont été submergés. Rapidement après, nous sommes partis dans les Mornes avec mon équipe d'évaluateurs. Suite à des chiffres alarmant de destructions récupérés par les animateurs de santé de Médecins du Monde, nous avons déployé notre équipe pour évaluer concrètement la situation à pied en couvrant les villages parfois difficilement accessibles. Les besoins étaient réels et urgents car les températures dans les montagnes sont beaucoup plus fraîches que sur le littoral. Il était donc prioritaire de procurer aux habitants de cette région des abris contre la pluie et le froid.
Les habitats en roche calcaire et torchis ont peu résisté au tremblement, et on peut recenser dans certains villages des taux de 60% de maisons totalement détruites. Nous recensons village par village, mais c'est assez frustrant de réaliser que nous ne pourrons pas couvrir tout ce secteur qui est très vaste, à cause de l'éparpillement des maisons dans cette zone rurale.
L'accès se fait par pistes tout terrain après de longues heures de route, puis par des sentiers que l'ont parcoure à pied depuis notre campement que nous installons pour nos petites expéditions. L'approvisionnement du matériel se fait ensuite par hélicoptère ou par camion, selon l'état du terrain.
Dès introduction dans une zone, nous procédons à une sensibilisation intense auprès des responsables locaux afin de leur expliquer le déroulement des distributions, depuis les critères de sélection des bénéficiaires jusqu'à l'organisation technique des journées de distribution.
Les personnes les plus touchées par la catastrophe se voient alors remettre des coupons qui leur permettent de bénéficier de matériel distribué, tel que tente, bâche plastique, couverture, kit hygiène et jerrycan. Il était impératif de bien expliquer cette démarche, car nous ne pouvons pas assurer des distributions massives pour toute la population d'un secteur, et cela peut entraîner des mécontentements de la part de ceux qui ne reçoivent rien.
Certes, le manque de sensibilisation auprès des populations par les responsables locaux et l'illettrisme ont probablement freiné la compréhension de notre action. Mais dans l'ensemble, les distributions se déroulent bien sur le terrain. Les Haïtiens sont reconnaissants envers Handicap International pour le travail effectué dans cette région.
Et doucement, dans la ville, depuis Pâques, la vie, sous toutes ses formes, semble reprendre : nous assistons à la réouverture de bars et restaurants. Mi-mai un festival aura lieu, le premier évènement culturel organisé depuis le 12 janvier. »
En savoir plus sur les distributions par hélicoptère