Au Yémen, une catastrophe humanitaire qui ne cesse d’empirer

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La guerre au Yémen qui dure depuis près de trois ans a tué plus de 5 000 civils et blessé 9 000 autres. Alors que plus de 70 % de la population – soit 21 millions de personnes – a besoin d’une aide d’urgence, la fermeture des frontières imposée depuis le 6 novembre 2017 aggrave une situation humanitaire déjà catastrophique. Denrées alimentaires, produits médicaux et aide humanitaire restent bloqués aux frontières. 7 millions de personnes sont au bord de la famine. Arnaud Pont, responsable de programme Urgence à Handicap International, explique l’extrême gravité de cette crise.

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Au Yémen, Handicap International apporte son aide aux blessés dans les hôpitaux
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Une situation humanitaire catastrophique

La crise au Yémen est marquée depuis plusieurs mois par une pénurie alimentaire : 17 millions de personnes – soit 60 % de la population – souffrent d’insécurité alimentaire ; près de 7 millions d’entre elles sont au bord de la famine. Près de 3 millions de personnes ont été forcées de se déplacer à cause des violences. Moins d’un centre de santé sur deux est fonctionnel. Il n’y plus aucun médecin dans 49 des 276 districts du pays1. Entre avril et septembre 2017, une épidémie de choléra a fait 2 000 morts (pour près de 900 000 cas recensés)2.

Les effets du blocus

Le blocus, c’est-à-dire la fermeture de tous les ports, aéroports et voies terrestres pour entrer et sortir du pays, imposé depuis le 6 novembre, aggrave considérablement cette crise humanitaire. Il met en danger la vie de millions de personnes qui s’efforcent déjà depuis des mois de survivre. Tous les produits alimentaires, médicaux, etc. sont bloqués à la frontière. Les prix de l’essence et du gasoil ont augmenté respectivement de 170 % et 60 %. Le prix du panier alimentaire de base a augmenté de 20 %, alors que le coût de la distribution d’eau par camion a augmenté de 133 %3.

Avec la pénurie d’essence, des stations de pompage pourraient ne plus fonctionner, l’eau ne serait donc plus distribuée. La pénurie d’eau engendre des risques d’une reprise de la crise de choléra, qui semblait maîtrisée ces dernières semaines, et de toutes maladies hydriques. Des cas mortels de diphtérie ont été signalés il y a quelques jours… La pénurie d’essence a également un impact grave sur le fonctionnement des centres de santé. Des unités de soins intensifs, par exemple, se retrouvent fermées. Les stocks de blé et de sucre du pays n’ont qu’une capacité de trois mois. 

Paralysie de l’aide humanitaire 

Ce blocus a totalement désorganisé la distribution de l’aide humanitaire pour 27 millions de personnes. Depuis le 6 novembre 2017, aucun déplacement de travailleurs humanitaires depuis ou vers le pays n’est possible. OCHA4 rapporte le 15 novembre que 300 000 tonnes de nourriture et près de 200 000 tonnes d’essence étaient bloquées à la frontière. L’impossibilité de réapprovisionner en médicaments et ustensiles médicaux vitaux met notamment en péril la vie de 400 000 femmes enceintes.

Sous la pression internationale, l'Arabie Saoudite a annoncé qu’elle allégeait le blocus afin de permettre l'acheminement de produits humanitaires. La réouverture du port de Hodeida et de l'aéroport de Sanaa pour l'aide humanitaire était prévue ce jeudi 23 novembre. Ces deux infrastructures – dont la réouverture n’est pas confirmée à ce jour – ont toutefois des capacités limitées pour accueillir vivres et matériel.

Lire aussi "Sanaa : s’il est maintenu, les effets du blocus se feront rapidement sentir", un témoignage de François Olive-Keravec, directeur des programmes de Handicap International au Yémen

Handicap International au Yémen

Handicap International est présente au Yémen depuis 2014. Forte de 60 salariés dont 8 expatriés (trois sont basés à Sanaa, la capitale), l’équipe sur place intervient dans 5 centres de santé et hôpitaux à Sanaa pour apporter des soins de réadaptation, former et soutenir les équipes médicales dans la prise en charge en réadaptation fonctionnelle, distribuer des aides à la mobilité (béquilles, fauteuils roulants…) et équiper les hôpitaux. L’association dispense également des sessions de soutien psychosocial pour aider les personnes traumatisées par le conflit. Elle sensibilise également les ONG présentes sur place à la prise en compte des personnes handicapées et vulnérables dans leurs activités humanitaires.

Chiffres clés des activités de Handicap International de novembre 2016 à octobre 2017 :

  • 1 330 bénéficiaires de séances de réadaptation
  • 2 700 bénéficiaires de sessions de soutien psychosocial
  • 1 440 aides à la mobilité distribuées, dont des fauteuils roulants, des béquilles, etc.
  • 66 personnels médicaux (infirmières, aides-soignants…) formés aux fondamentaux de la réadaptation et du soutien psychosocial
  • Une soixantaine d'organisations humanitaires sensibilisées à l'inclusion des personnes handicapées dans l'aide d'urgence

1 www.unocha.org/yemen 
2 www.unocha.org/country/top-stories/all-stories/yemen-fastest-growing-cholera-epidemic-ever-recorded-brings-number-cases-895 
3 OCHA Yemen Update – 15 novembre 2017 
4 Bureau des Nations Unies pour la coordination de l’aide humanitaire 

Publié le 24 Novembre 2017.

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