Tchad : en direct de la mission "restes explosifs de guerre"

  • Lutter contre les mines, les BASM et restes explosifs de guerre
  • Tchad

Des spécialistes de Handicap International sont partis au Tchad pour mener des enquêtes sur des zones susceptibles d’abriter des restes explosifs de guerre. Un travail impossible sans les témoignages de la population, notamment des plus âgés. Découvrez ces 10 jours de mission comme si vous y étiez.

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Déminage - enquêtes non techniques au Moyen-Chari, au Tchad
Déminage - enquêtes non techniques au Moyen-Chari, au Tchad

Déminage - enquêtes non techniques au Moyen-Chari, au Tchad © Handicap International

Une équipe de cinq enquêteurs est partie début janvier dans le Moyen-Chari, territoire du Sud du Tchad grand comme deux fois la Belgique, pour commencer des enquêtes sur des zones susceptibles d’abriter des restes explosifs1 datant essentiellement de la guerre civile des années 80. Les enquêteurs dépendent de la mémoire des "anciens" pour identifier les zones à risques. Leurs témoignages permettent de localiser les secteurs dangereux ou de lever les craintes sur une fausse information. Dans 10 ans, ce travail d’enquête ne sera plus possible.

Premier jour : départ le 12 janvier de N’Djamena. Deux jours de voyage. Route très chargée, principal axe de circulation qui longe toute la frontière du Cameroun. Nombreux accidents.

J+2 : arrêt à Danamadji. Difficile de prendre les habitants en photo : la situation politique peut être instable au Tchad et ils sont réticents à l’idée d’apparaître dans un document. Rencontre avec les autorités pour présenter Handicap International. Règle de politesse élémentaire qui permet également d’obtenir des appuis officiels.

J+3 : rencontre avec des personnalités locales influentes : directeurs d’écoles, représentants religieux… Sessions de sensibilisation dans les écoles, du CM2 à la 3e. L’équipe présente des images de munitions et des scénarios types d’accident. Réaction des élèves et collecte d’infos. Présence très localisée de restes explosifs dans les environs. On en profite pour faire passer des messages car ici la population voyage beaucoup. Or, l’Est et le Nord du Tchad sont beaucoup plus affectés. En tout, on aura sensibilisé 1 676 personnes, élèves et enseignants compris.

Les établissements scolaires connaissent une croissance de 15 % par an en raison des "retournés", ceux qui reviennent de République Centrafricaine. La population est encore très marquée par les violences des années 80.

J+4 : jour de la grande foire aux bestiaux. On tente de sensibiliser les éleveurs. Messages et invitations à des réunions par mégaphone, personne ne vient. Mais quand on lance par haut-parleur "votre bétail est potentiellement en danger !", là ils viennent tous ! 106 personnes ont participé à la séance
Enquête suivante auprès d’une vingtaine de personnes sélectionnées. Cela permet de référencer quatre obus qui n’ont pas explosé, soit quatre points d’impact bien identifiés recouverts avec de la terre par l’armée : deux dans une cour d’école, un sous la maison d’un particulier et un autre sur une petite place. Tous là depuis 30 ans !

J+5 : le contexte sécuritaire change. Position du Tchad vis-à-vis de Boko Haram2. Pas de moyen de communication dans le Moyen-Chari. Seuls les SMS passent…

J+6 : à Moussafoio, sessions d’éducation au risque par petits groupes d’élèves. Ici, on s’attend à une présence de restes explosifs plus importante donc on met plus de moyens. Une heure par classe. 423 élèves et enseignants participent.

J+7 : enquêtes dans deux villages plus au sud. À Motomolo, où des opposants à l’ancien président Hissène Habré ont traversé le fleuve il y a quelques années. Leur camion de munitions tombé à l’eau, ils l’ont fait exploser. Munitions éparpillées dans un rayon de 500 mètres.

J+8 : on cible les pêcheurs pour les séances d’éducation au risque, car le fleuve est potentiellement pollué par des restes explosifs. Moins les agriculteurs, car après enquête il s’avère que les feux de brousse depuis fin 1980 ont détruit tous les restes explosifs. Les pêcheurs, en revanche, remontaient encore des engins dans leurs filets au début des années 2000. On rencontre deux victimes au village de Gnala. À Motomolo on essaie de cerner la zone qui pourrait être polluée. On recoupe les accidents avec les habitants. En 1984, un feu allumé sur la rive provoque une explosion faisant un mort et un blessé. En 1986, un pêcheur est tué en heurtant un engin explosif. En 1992, une explosion lors de la réparation d’une pirogue blesse deux personnes.

J+9 : nous ne pouvons pas aller plus au Sud. L’intervention de l’armée tchadienne dans le Nord du Cameroun change la donne. Nous n’avons pas l’autorisation pour nous approcher de la frontière avec la République Centrafricaine. Renforcement de la sécurité dans la capitale. 

J+10 : nous nous rendons au nord du Moyen-Chari, à la limite du Guera. Pollution datant de 2008 lors de la tentative de coup d’État : à Korbol, plus grand village du district, une attaque avait été menée par hélicoptère et roquettes. Certaines sont tombées sur les bords du fleuve sans exploser. Les dernières violences datent de 2013. Un dépôt de munitions enterré mais pas encore localisé par l’enquête. Contiendrait des obus de mortier. En quelle quantité ?

À suivre…

1 Restes explosifs de guerre : obus, munitions, grenades ou missiles qui n’ont pas explosé et qui représentent un danger pour les civils vivant à proximité.
2 L’armée tchadienne a lancé depuis fin janvier une offensive régionale contre Boko Haram, en envoyant des troupes sur les sols du Nigeria et du Cameroun.

Publié le 19 Février 2015.

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