"Les réfugiés Rohingyas vivent dans des conditions inhumaines"

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Alors que le Bangladesh compte désormais plus de 600 000 réfugiés Rohingyas, Handicap International mène des actions d’urgence pour leur venir en aide. Gilles Nouziès, responsable des programmes Asie à l'association, s’est rendu sur place pour organiser l’intervention avec les équipes. Il témoigne d'une situation humanitaire effroyable.

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Réfugiés Rohingyas attendant sur le bord de la route dans l’espoir d’obtenir une distribution d'aide humanitaire
Réfugiés Rohingyas attendant sur le bord de la route dans l’espoir d’obtenir une distribution d'aide humanitaire
Réfugiés Rohingyas attendant sur le bord de la route dans l’espoir d’obtenir une distribution d'aide humanitaire

Vous avez passé plus d’une semaine sur place. Que pouvez-vous dire sur la crise humanitaire des Rohingyas ?

Gilles Nouziès : Je me suis rendu au camp de Kutupalong, qui est le principal camp de réfugiés accueillant plus de 500 000 personnes qui ont fui la Birmanie. Le paysage humain qu’offre cet espace est vertigineux. Des tentes à perte de vue s’étalent sur près de 2 500 hectares, soit la superficie d’une ville moyenne française comme Rouen. Ce qui frappe, c’est qu’il n’y a aucun espace public, aucun endroit prévu pour tenir des activités collectives. Le camp est un alignement infini de tentes séparées par des chemins d’un mètre de large et quelques routes difficilement praticables. Les abris temporaires sont faits de bâches en plastique tenues par une armature de bambous. À la moindre tempête, tout sera balayé. Un abri fait une vingtaine de mètres carrés. Il accueille deux familles en moyenne, soit une petite dizaine de personnes. Cela revient à 1,5 mètre carré par personne ! La promiscuité est très forte. Ce sont des conditions de vie inhumaines.

C’est la même situation partout ?

À peu près. Unchiprang est un camp plus petit qui compte quelque 30 000 réfugiés, situé un peu plus au sud dans une zone de collines argileuses. Tous les arbres ont été coupés pour la chauffe ou la construction d’abris, ce qui fait qu’il n’y a plus un arbre debout, la terre est à nue, avec des risques de glissements de terrain. Le pire, ce sont les eaux usées, notamment celles des sanitaires, qui se déversent du sommet des collines vers la plaine où se trouvent les terres cultivées. Ces dernières sont maintenant totalement contaminées par les eaux sales et les boues.

Quelles sont les problèmes à résoudre dans l'urgence ?

Il faut améliorer l’accès à l’eau potable et l’écoulement des eaux usées. Il n’y a déjà naturellement pas beaucoup d’eau potable dans cette région. Creuser des puits est difficile. Les gens puisent de l’eau venant de nappes phréatiques peu profondes contaminées par les matières fécales, phénomène courant lors d’une telle concentration démographique. Cela pose un vrai risque d’épidémie. Beaucoup d’enfants que j’ai vus ont des problèmes de peau, sont couverts de boutons. L’accès à l’aide humanitaire est un autre problème : une personne à mobilité réduite ne peut pas se déplacer dans des chemins étroits, boueux, parfois escarpés, et qui deviennent glissants quand il pleut. Une femme seule avec ses enfants, qui ne veut pas les laisser seuls dans un abri, ne peut pas bénéficier d’une distribution de nourriture alors que la plupart se font en lisière de camps. Il nous faut mettre en place des mécanismes de distribution au plus près des réfugiés les plus vulnérables.

Dans une telle crise, la situation des personnes vulnérables doit être particulièrement dramatique ?

Effectivement et c’est pour cela que l’identification de ces personnes dites "vulnérables" (femmes enceintes, personnes âgées et handicapées, enfants isolés, personnes blessées ou malades...) et de leurs besoins est primordiale. Handicap International a une expertise reconnue dans ce domaine et c’est le travail que nous effectuons avec nos 7 équipes mobiles, qui depuis plusieurs semaines déjà sillonnent les camps, dispensent également une aide médicale de base, des soins de réadaptation et psychologiques, ainsi que des informations sur les autres services, et orientent les réfugiés. Nous avons également 7 centres d’accueil placés au milieu des camps qui font un travail similaire. Parallèlement, nous soutenons le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (HCR) dans les points de transit qu’il a mis en place à la frontière pour l’identification des nouveaux arrivants et repérer les plus vulnérables. C’est un travail extrêmement important car les personnes vulnérables constituent une partie importante de réfugiés.

Qu’est-ce qui caractérise cette crise ?

Son ampleur ! Nous sommes face à une population très importante dans un temps très court, c’est du jamais vu. Et cela ne s’arrête pas. Nous sommes en action d’urgence depuis deux mois, le flux de population ne se stabilise pas et chaque semaine, l’arrivée de nouveaux réfugiés nous oblige à nous adapter constamment.

Selon une étude menée par Handicap International pour le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies début septembre 2017 sur les besoins humanitaires de 2 000 personnes déjà identifiées comme vulnérables, toutes les personnes ont désespérément besoin de vêtements, d'eau potable, de nourriture et d'abris. Plus de 65 % d'entre elles ont besoin de soins psychosociaux d’urgence après avoir vécu des expériences traumatisantes. Plus de 7 % des personnes évaluées sont handicapées et ont un besoin urgent de réadaptation et d’équipement pour leur mobilité (béquilles, fauteuils roulants, etc.). Les personnes âgées n'ont pour la grande majorité aucune aide.

Publié le 6 Novembre 2017.

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