Une journée avec les démineurs en Casamance

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  • Sénégal

Ils s’appellent Souleye, Charles, Aziz, Fatou… Ils sont 11 hommes et 3 femmes, d’âges et expériences variés. Pour rien au monde ils ne feraient un autre métier. Sauver des vies est devenu une passion. Ils sont l’équipe de déminage de Handicap International en Casamance.

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Les démineurs de Handicap International ont repris le travail en Casamance, au Sénégal, en décembre 2015.
Les démineurs de Handicap International ont repris le travail en Casamance, au Sénégal, en décembre 2015.

7 heures du matin. Au bureau de Handicap International, en plein centre de Ziguinchor, l’équipe charge le matériel : détecteurs de métaux, équipements de protection, matériel de premier secours, piquets et panneaux de signalisation... On plaisante, on se chambre malgré la gravité de la mission. Avant le départ Aziz, le coordinateur de l’action contre les mines de Handicap International, rassemble son équipe et fait les rappels d’usage : consignes de sécurité, concentration, mission et responsabilités… Mot d’ordre : « Nous n’avons pas droit à l’erreur »

Un travail lent et minutieux

L’équipe se rend à Diagnon, petit village en bordure de la route nationale 6, à l’est de la capitale provinciale : 30 000 mètres carrés, soit l’équivalent de 4 terrains de football, sont à déminer. Cela soulagera la population de la menace quotidienne des mines. Ce sont également des terres à libérer pour des paysans pauvres vivant essentiellement de la noix de cajou, du riz et du millet. 

Il est 8h30, arrivée à Diagnon, 500 âmes. Charles, le chef des opérations, s’assure auprès des habitants que rien de suspect ne s’est passé la veille. La région est encore parfois secouée par les activités de rebelles indépendantistes. Nous arrivons dans la zone à déminer, un ensemble de vergers d’anacardiers à la sortie du village. Le matériel est déchargé, le campement dressé. Chaque espace est délimité par un ruban de plastique et dédié à une activité : espace médical, coin repos… Tout doit être ordonné, à portée de main, pratique et opérationnel, prêt en cas d’urgence. À 100 mètres, au bout de la piste, les 30 000 mètres carrés à déminer d’ici mars. « Le travail sera lent et minutieux. Nous avons besoin de pauses régulières car sous les équipements et cette chaleur, déminer est vite épuisant », explique Aziz. 

Rester très concentré

Charles fait un dernier point avec l’équipe avant de passer à l’action : « Le mental est très important. Le pire pour un démineur c’est de tomber dans la routine, c’est là qu’on ne fait plus attention, qu’on fait une erreur et qu’on provoque un incident. Nous devons toujours nous remettre en question. » Pendant que Jonathan, le maître-chien, prépare un de ses deux chiens, les démineurs revêtent leurs équipements de protection. Loin de ressembler à une innocente activité de jardinage, le débroussaillage est une opération délicate : « Nous ne devons pas toucher les sol avec la débroussailleuse, explique Fatou, une des démineuses. Danger si on touche une mine ! On doit rester très concentré sur ce qu’on fait et toujours contrôler nos gestes. » 

Avant d’aller sur l’espace à déminer, les chiens passent obligatoirement par un test. Chaque jour, Jonathan vérifie leur odorat et leur concentration, notamment en les faisant passer sur des espaces tests où parfois de l’explosif a été placé. Un sans-faute à chaque test pour les deux chiens ! Katja et Rex sont emmenés sur la zone à déminer. Jonathan les laisse tranquilles pendant une demi-heure pour diminuer le stress du voyage. Puis il les rejoint et reste avec eux sans rien dire pendant encore une dizaine de minutes, comme un dernier palier de décompression avant de commencer le travail. Ensuite, Jonathan équipe l’un des deux chiens. Le second, resté dans son box, assurera le « contrôle qualité » : il repassera sur toutes les zones inspectées par le premier pour s’assurer que le travail a été bien fait. Le rôle des deux chiens est inversé régulièrement. Un chien détecteur d’explosifs travaille sur des bandes de terre de 10 mètres de long sur 1 mètre de large, le museau toujours en premier, ce qui lui assure sa protection.

« Si le chien marque l’arrêt, c’est qu’il a trouvé quelque chose, précise Charles. Alors le démineur intervient pour sécuriser l’engin explosif. Un démineur n’utilise un détecteur que si le chien est dans l’incapacité de faire son travail à cause du bruit, de la chaleur ou d’un feu de brousse qui perturberait son odorat… » L’équipe de Handicap International peut déminer en moyenne 2 500 mètres carrés par semaine. Au loin, on entend les vrombissements des débroussailleuses maniées par les démineurs.

Restituer des terres agricoles

Pendant ce temps, Aziz retourne au village pour faire de la pédagogie auprès des autorités : « Il faut bien expliquer ce que l’on fait, comment nous procédons et la raison pour laquelle nous menons ce travail. On a un fort soutien de la population, ici. Il faut l’entretenir, c’est important. Il est impératif qu’ils soient convaincus de notre neutralité. Nous faisons cela pour eux, pour leur sécurité, pas pour un État ou une armée. »

Le déminage à Diagnon a pour but de restituer des terres agricoles qui ne sont plus utilisées depuis des années à cause de la présence de mines, un véritable manque à gagner pour ce village déjà lourdement appauvri par le conflit. Le travail se fait en coopération avec l’organisation américaine Shelter for Life qui œuvre à agrandir pistes et routes afin de donner un meilleur accès aux villages aux grands marchés installés sur la route nationale. 

Il est midi, l’heure du déjeuner. Tout le monde se retrouve sous les anacardiers pour partager le sandwich aux cacahouètes, une douceur locale. C’est également l’occasion de faire le point. L’activité reprendra dans une demi-heure, jusqu’à 15 heures… Alors, il faudra remballer et rentrer à Ziguinchor.

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Démineur de Handicap International en Casamance, au Sénégal. © J-J. Bernard / Handicap International

Démineur de Handicap International en Casamance, au Sénégal. © J.-J. Bernard / Handicap International

Publié le 25 Janvier 2016.

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