"Il faut que les personnes handicapées participent à la préparation aux cataclysmes"

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Suite aux inondations en Birmanie, Éric Weerts, spécialiste de la réadaptation et des situations d’urgence à Handicap International, a épaulé les associations humanitaires de personnes handicapées. Il explique la situation sur place.

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En Birmanie, Eric Weerts et l’équipe de Handicap International évaluent la situation d'une personne handicapée, qui doit utiliser une barque pour rejoindre son habitation depuis la route en raison des inondations d'Août 2015..
En Birmanie, Eric Weerts et l’équipe de Handicap International évaluent la situation d'une personne handicapée, qui doit utiliser une barque pour rejoindre son habitation depuis la route en raison des inondations d'Août 2015.

Portrait d'Eric Weerts, spécialistede la réadaptation et des situations d'urgence à Handicap International

Les inondations ont commencé début août, qu’en est-il aujourd’hui ?
La situation varie beaucoup d’une région à une autre. Mais globalement, le niveau de l’eau a déjà considérablement baissé. Nous avons été accueillis dans des maisons où, au plus fort des inondations, l’eau atteignait le toit. Cependant, il faut rester prudent. L’eau se déplace rapidement et nous avons des difficultés à savoir en temps réel ce qu’il se passe dans certaines zones reculées. Certains villages, notamment dans le Sud, sont encore inaccessibles.

Comment réagissent les habitants ?
Certains ne peuvent pas encore rentrer chez eux et sont regroupés, comme nous l’avons vu à la sortie de Rangoun vers le Delta du Sud, dans des tentes et des campements de fortune le long des routes. Ils se mettent là car les routes sont surélevées et permettent l’acheminement de l’aide humanitaire. Ils survivent grâce à des distributions d’eau et de nourriture organisées par de petites associations locales.

Les populations étaient-elles préparées à cette catastrophe ?
Même si l’ampleur de ces inondations a été plus forte que les années précédentes, les Birmans sont habitués à ce genre de situations et y sont plutôt bien préparés. C’est particulièrement vrai depuis le passage du cyclone Nargis en 2008. Ceux qui, cette fois-ci, n’ont pas été touchés par les inondations connaissent l’importance d’aider rapidement les victimes. Dans un village touché partiellement par exemple, les maisons encore utilisables sont mises à disposition des personnes dont l’habitation est inondée.

Les personnes handicapées sont-elles suffisamment accompagnées ?
C’est ce que nous voulions vérifier en venant ici. Dans les situations d’urgence humanitaire, les personnes les plus fragiles – personnes âgées, à mobilité réduite ou vivant avec un handicap mental ou sensoriel – peinent souvent à accéder à l’aide dont elles ont besoin. Nous avons été rassurés. Les communautés s’assurent que chacun obtient une aide équitable et les personnes les plus faibles bénéficient souvent d’une aide supplémentaire, comme être transportées lors des évacuations ou encore recevoir une ration de nourriture plus importante. Les aides techniques utilisées pour transporter les personnes à mobilité réduite sont souvent fabriquées avec les moyens du bord mais avec une ingéniosité remarquable.

Que faudrait-il faire pour améliorer la situation des personnes handicapées dans un tel contexte ?
Tout dépend du handicap. Mais il serait souhaitable que des moyens de transport appropriés soient pré-positionnés, pour qu’en cas d’évacuation, les personnes à mobilité réduite ne soient pas évacuées à dos d’homme. Il faut aussi penser aux aveugles, pour qui changer d’environnement est très angoissant et peut entraîner une perte d’indépendance brusque. Ainsi, dans les refuges temporaires, on peut placer des fils qu’ils pourront suivre et reconnaître, et leur confort en sera sensiblement amélioré.

Est-il déjà possible de tirer des enseignements de la manière dont sont gérées ces inondations ?
C’est ce que nous tentons de faire. Handicap International travaille avec des associations locales pour que les personnes handicapées soient mieux intégrées tant au niveau social, économique qu’en situations d’urgence. Nous souhaitons par exemple que des personnes handicapées participent aux comités qui analysent les risques et préparent les plans d’évacuation de chaque communauté. Et nous avons bon espoir : les Birmans ont une grande capacité d’adaptation et les organisations locales de personnes handicapées effectuent un travail remarquable. Des catastrophes de ce genre se reproduiront certainement. Si nous voulons en limiter l’impact, nous devons saisir toutes les occasions d’améliorer la manière dont les populations s’y préparent.

 

 

Publié le 31 Août 2015.

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