Gaza : comment vivre quand on a presque tout perdu ?

  • Lutter contre les mines, les BASM et restes explosifs de guerre
  • Palestine

Jehad a 24 ans et vivait à Gaza avec sa famille. Suite aux bombardements de l’été dernier, elle a dû fuir et a été gravement blessée. Devenue aveugle, elle essaie depuis lors de reconstruire sa vie avec le peu de famille qu’il lui reste. Témoignage.

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Octobre 2014, Gaza. Photo prise lors d'une mission d'enquête sur les risques liés à la présence de restes explosifs de guerre dans la bande de Gaza après les combats de l'été 2014.
Octobre 2014, Gaza. Photo prise lors d'une mission d'enquête sur les risques liés à la présence de restes explosifs de guerre dans la bande de Gaza après les combats de l'été 2014.

Jehad a 24 ans et vivait à Gaza avec toute sa famille. Elle a été évacuée de chez elle suite au tir d'un missile dans son quartier et a emménagé chez son oncle. « Un soir, les bombes sont arrivées de partout… J'ai pris ma fille et mon fils pour les cacher sous les escaliers avec le reste de la famille. Je voyais chaque personne qui sortait de la maison se faire tuer… Mais j'ai dû fuir aussi parce qu'il y avait trop de poussière et de fumée à l'intérieur. Je suis sortie en portant deux de mes enfants dans les bras, j'ai vu une roquette et j'ai senti des éclats sur mon corps. Mes yeux me brûlaient. Mes enfants me sont tombés des bras en criant, alors je me suis penchée sur eux pour les protéger des explosions. Ma fille a arrêté de crier subitement, j'ai tout de suite pensé qu'elle était morte. » Une équipe de secours a finalement réussi à l'évacuer vers l'hôpital, seule, sans ses enfants.

Jehad a perdu la vue et subi de nombreuses blessures. Durant trois jours elle est restée à l’hôpital sans aucune nouvelle de sa famille. Elle a ensuite été transférée à l'hôpital Al Maqased en Cisjordanie, où elle est restée 35 jours. Quand elle est rentrée à Gaza, elle a compris que la plus grande partie de sa famille avait été tuée : mari, parents, oncles, frères, ainsi que sa très jeune fille. « Je ne peux toujours pas croire que je les ai perdus... Pendant mes 35 jours d'hospitalisation, mon seul rêve était de revenir à Gaza et de vivre à nouveau avec tout le monde. »

Pour pouvoir rester auprès de ses enfants, elle a accepté un nouveau mariage avec son beau-frère, conformément à la tradition. « Je sens que la société n'accepte pas ma situation et je n'ai pas accès aux services à cause de mon handicap irréversible. »

Handicap International s’engage dans un nouveau combat, celui contre l’usage d’armes explosives en zones peuplées. L’association entend lutter contre cette pratique qui fait des dizaines de milliers de victimes parmi les civils chaque année. Près de 38 000 personnes ont été blessées ou tuées par des armes explosives en 2013 : 82 % étaient des civils. Quand ces armes sont utilisées dans des zones peuplées, la part des victimes civiles atteint 90 %. Avec la coalition INEW (International Network on Explosive Weapons), qui rassemble plusieurs organisations internationales et qu’elle a contribuée à fonder, Handicap International se mobilise pour que les États et les acteurs armés cessent de faire usage de roquettes, obus, missiles, mortier… dans les zones peuplées.

Publié le 11 Mai 2015.

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