« La crise des Rohingyas est une crise majeure »

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Qu’est-ce qu’une crise humanitaire majeure ? Vanessa Cardamone, coordinatrice de la préparation aux urgences à Handicap International, était au Bangladesh mi-septembre pour soutenir les équipes de l’association dans la réponse à cette nouvelle urgence. Elle explique ce qui fait la spécificité de la crise des réfugiés Rohingyas.

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Réfugiés Rohingyas au Bangladesh
Réfugiés Rohingyas au Bangladesh

Vanessa Cardamone, coordinatrice de la préparation aux urgences à Handicap International :

« Ce qui fait la gravité d’une crise, c’est tout d’abord le nombre de personnes concernées : les 500 000 personnes qui ont fui la Birmanie depuis fin août viennent grossir les rangs de 300 000 réfugiés déjà présents au Bangladesh depuis de nombreuses années. L’autre critère, c’est l’extrême soudaineté de cette dernière crise avec l’afflux massif de centaines de milliers de personnes en un temps record : en moins d’un mois, un demi-million de personnes se retrouvent dans le district de Cox’s Bazaar. Cela a des conséquences humanitaires très lourdes.

D'autant plus que la région de Cox Bazaar est l'une des plus pauvres et vulnérables du Bangladesh. Les services publics et privés sont insuffisants, les possibilités d'emploi très faibles et les ressources naturelles limitées. Cette région côtière fait continuellement face à des catastrophes naturelles, principalement des cyclones et des inondations.

80 % de l'aide non couverte

Un grand nombre de réfugiés sont blessés : ils ont été brûlés, blessés par des armes à feu, se sont fracturé un membre pendant leur fuite qui s’est faite à pied dans la jungle sous la pluie, dans le chaos le plus total. Ils arrivent au Bangladesh avec rien d’autre que les vêtements qu’ils portent, et la capacité de réponse médicale des ONG ou des services du pays est encore insuffisante...

Les besoins humanitaires sont immenses : distribution de nourriture, accès l’eau potable, obtention d’abris temporaires... L’aide humanitaire d’urgence n’est pour l’instant couverte qu’à moins de 20 %. C’est aussi cela qui constitue la gravité de cette crise : si les besoins de base ne sont pas satisfaits, des personnes sont clairement en danger de mort.

Le chaos est total

La situation des réfugiés est désastreuse. Des milliers de personnes se sont installées le long de la route dans l’espoir d’obtenir de l’aide. Beaucoup dorment à la belle étoile alors que la saison des pluies commence. Des réfugiés font leurs besoins là ils peuvent, ce qui peut engendrer des risques de contaminations assez élevés. Des femmes enceintes accouchent dans des conditions particulièrement précaires ; des enfants ont perdu leurs parents… Le chaos est total. Les financements nécessaires pour organiser la réponse d’urgence peinent à se concrétiser.

Handicap International répond à la crise

Nous avons très vite commencé à adapter nos actions à cette nouvelle urgence : nos activités de réadaptation étaient jusqu’alors destinées à suivre les patients sur le long terme. Elles ont été réorientées : désormais nous prenons en charge les personnes soignées par des services médicaux ou par d'autres ONG. L’exemple type, c’est la personne qui a subi une opération chirurgicale et qui a besoin de kinésithérapie post-opératoire, dispensée par Handicap International. C’est une étape indispensable pour éviter la survenue de handicaps.

Nous proposons également du soutien psychologique d’urgence car l’écoute immédiate des personnes traumatisées par les violences qu’elles ont fuies est primordiale.

Enfin, nous menons un travail d’identification qui, pour faire simple, consiste en des enquêtes de proximité menées par des équipes mobiles, afin de recenser les personnes les plus vulnérables et de cerner leur besoins.

Dès que des financements seront disponibles, nous pourrons répondre également aux besoins de base de réfugiés, avec des distributions de nourriture et de biens non alimentaires. »

Publié le 13 Octobre 2017.

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