Maud Bellon : « La situation à Mossoul est critique »

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Depuis le début de l’offensive pour reprendre la ville de Mossoul en Irak, près de 100 000 personnes ont fui les combats. Handicap International a déployé sa réponse d’urgence : elle assiste la population déplacée avec des séances de kinésithérapie et de soutien psychosocial, des sessions d’éducation aux risques des engins explosifs et des initiatives d’inclusion. Maud Bellon, coordonnatrice Urgence de l'association, partage les dernières nouvelles du terrain.

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Enfants jouant à Khazer, l’un des plus grands camps de déplacés accueillant la population de Mossoul et ses environs
Enfants jouant à Khazer, l’un des plus grands camps de déplacés accueillant la population de Mossoul et ses environs
Enfants jouant à Khazer, l’un des plus grands camps de déplacés accueillant la population de Mossoul et ses environs

Comment la situation humanitaire a-t-elle évoluée depuis le début de l’offensive ?

Maud Bellon : Depuis la mi-octobre, le nombre de personnes déplacées a considérablement augmenté en Irak. Au début de l’offensive, les forces armées ont repris les villages aux alentours de Mossoul puis elles ont atteint les portes de la ville. Au fil du temps, on observe une augmentation importante du nombre de blessés. Beaucoup de civils se font tirer dessus ou marchent sur des mines dans leur fuite. Parfois, ils sont tout simplement pris au milieu des combats. Et cela ne fait que s’accentuer : cette semaine, on  compte 30 % de blessés de plus que la semaine dernière...

> Lire également "Mossoul : près de 100 000 personnes déplacées en deux mois"

L’augmentation du nombre de blessés peut également s’expliquer par le nombre de retours au cours des dernières semaines. En effet, certains déplacés commencent à rentrer chez eux, une fois que les violences ont pris fin dans leur région d’origine. Ces personnes se réinstallent souvent au péril de leur vie : beaucoup d’armes explosives sont encore présentes dans ces zones, particulièrement dangereuses pour les habitants, compte tenu de l’intensité des combats qui ont eu lieu là-bas et du nombre considérable d’engins explosifs improvisés laissés par le groupe État islamique sur le terrain. Outre ces nombreux risques, les personnes font face à un autre problème : peu de services sont accessibles dans les zones où il n’y a plus de combats, auxquelles les acteurs humanitaires n’ont pas encore forcément accès.

Enfin, l’arrivée de l’hiver marque un changement majeur lorsqu’on évoque l’évolution du contexte humanitaire. Il fait de plus en plus froid en Irak et les déplacés sont confrontés à de nombreux problèmes au quotidien. Cela peut être des difficultés pour se chauffer, pour s’habiller ou tout simplement pour avoir accès à des choses aussi basiques que l’eau. Même si la coordination humanitaire est plus efficace qu’auparavant, les conditions climatiques compliquent vraiment la vie des déplacés irakiens.

Où se trouve la population déplacée ? Dans quelles conditions vit-elle ?

Depuis le début de l’offensive, les déplacés ont fui principalement vers l’est et le sud de Mossoul. Aujourd’hui, environ 80 % d’entre eux vivent dans des camps et le reste de cette population vit dans les communes des environs, généralement hébergés par des proches qui y sont déjà installés.

Dans les camps, les conditions sont rudimentaires : les déplacés doivent s’adapter à la vie dans une tente, aux sanitaires partagés, etc. Toutefois, ils ont accès aux services de base et peuvent s’alimenter au quotidien. Certains d’entre eux, qui ne pouvaient se nourrir correctement au cours des deux dernières années, sont de nouveau capables de faire plusieurs repas par jour. Les enfants ont également accès à l’éducation, dont ils ont été privés depuis deux ans.

Les différentes organisations humanitaires apportent également leur aide dans les communautés, où les 20 % restants de la population déplacée sont installés. Ces personnes n’ont pas forcément accès aux services de base ; il est donc essentiel que les acteurs humanitaires puissent aussi les faire bénéficier de leur assistance. Handicap International fait partie de ce réseau d’acteurs, intervenant à la fois dans les camps et dans les communautés.

Au cours des dernières semaines, nous avons notamment mis en place des activités de kinésithérapie, de soutien psychosocial et d’éducation aux risques des mines et armes explosives, pour venir en aide aux déplacés.

Pourquoi la kinésithérapie, le soutien psychosocial ou l’éducation aux risques sont-ils essentiels à ce stade de la crise ?

Nous faisons face à une population qui a vécu des choses terrifiantes pendant plus de deux ans. Ces personnes sont généralement en état de détresse psychologique importante et certaines sont même extrêmement traumatisées. Il est essentiel de pouvoir les assister au plus tôt, pour que leur état n’empire pas. Nous avons donc mis en place des services de premiers secours psychologique pour l’ensemble des déplacés que nous rencontrons. Ceux qui ont besoin d’un suivi plus long peuvent ensuite bénéficier de soutien psychosocial ou même de l’appui d’un psychologue.

Pour ce qui est de la kinésithérapie, les blessés arrivent souvent en masse dans les zones sécurisées. La réadaptation est essentielle pour éviter les complications (handicap permanent, amputation) qui pourraient survenir après une blessure ou une intervention chirurgicale. Nos services de kinésithérapie sont d’autant plus importants que les personnes déplacées ont généralement fui en laissant tous leurs biens derrière elles, y compris leurs aides à la mobilité dans le cas de personnes handicapées. Outre les personnes blessées dans ce conflit, la situation des déplacés vulnérables qui souffraient déjà d’un handicap peut s’aggraver considérablement si nous n’intervenons pas.

Enfin, nos sessions d’éducation aux risques des mines et autres restes explosifs de guerre est également légitime. Chaque jour depuis le début de l’offensive, des hommes, des femmes et surtout des enfants sont blessés par des armes explosives. Il est essentiel pour ces personnes de pouvoir reconnaître les dangers et d’être en mesure de s’en protéger. Ces activités de prévention sont d’autant plus urgentes que les mouvements de population s’accélèrent depuis qu’une partie de la population commence à retourner dans sa zone d’origine, où les combats sont terminés. 

> Lire aussi "En Irak, les enfants déplacés sensibilisés aux risques des mines"

Comment pensez-vous que la situation va évoluer ?

Le nombre de déplacés risque d’augmenter encore considérablement dans les semaines et mois à venir. On s’attend également à une augmentation du nombre de blessés, car les combats dans Mossoul s’intensifient au fil du temps. Et l’hiver va être très rude pour l’ensemble de la population déplacée. Pour le reste, nous ne pouvons que faire des suppositions sur l’évolution de la situation.

Toutefois, deux scénarios majeurs peuvent être envisagés, lorsqu’on observe le contexte actuel à Mossoul. Il se peut que les forces armées emploient la stratégie de la « terre brûlée » dans les prochaines semaines, pour que les combats prennent fin rapidement, mais cela causerait probablement un grand nombre de morts et de blessés. Une évacuation humanitaire de ses habitants serait alors une condition préalable. L’autre possibilité, la plus probable, est que cette offensive se prolonge dans le temps. Le nombre de victimes serait alors moins important mais la vie se compliquerait considérablement pour le million d’habitants dans la ville. La nourriture viendrait à manquer et nous ferions sûrement face à des cas de malnutrition, entre autres. Sans compter l’accès quasi-inexistant aux soins pour la population… Dans un cas comme dans l’autre, la situation est donc critique et l’urgence ne fait que s’intensifier de jours en jours.

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Publié le 19 Décembre 2016.

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